Tout un monde en plus
Publié le 15 Août 2008

Votre perspicacité et votre sens aigü de la déduction a pu, au fil de ce blog, vous faire comprendre qu'ici, il y a :
- un garçon qui s'appelle Roméo
- un bébé
- un chat
- deux amoureux (lui et moi)
Bravo! Mais il vous manque une donnée, et non des moindres, car notre maison abrite un personnage supplémentaire... En effet, depuis maintenant 18 mois, nous hébergeons
un explorateur défunt.
Né de l'imagination de Monamour, débordante et folle comme une forêt tropicale, Juan Olaf Van Der Bilout est un curieux
personnage qui sillonna notre planète entre les années 20 et la fin des années 60. Né en 1903, il s'éteignit en 1973 au terme d'une vie roccambolesque à souhait durant laquelle il croisa - entre
autres! - le chameau rieur de Tartarie ou le
peuple de ceux-qui-perdent-la-tête et acquit la preuve de l'existence des dragons.
C'est dans son atelier que Monam' confectionne les têtes d'animaux fantastiques et les petites têtes réduites. Pour donner vie à son personnage, il bidouille des images sous
photoshop et crée ainsi les souvenirs et les traces de cette vie imaginaire.

Très vite, Monam' a voulu aller encore plus loin dans la création de ce personnage: il fallait que l'on ait de lui des témoignages écrits de ses aventures. C'est ainsi que j'ai écrit la
première lettre. C'était la solution que Monam' avait trouvée pour que ce soit le plus crédible: avoir à disposition la correspondance de Juan Olaf Van Der Bilout. Le destinataire lui vint
très vite: sa femme. C'est ainsi que depuis, au gré des expos et des envies, j'écris les lettres que l'explorateur fou a envoyées à sa tendre épouse depuis les coins les plus
éloignés de la terre.
Entrer dans sa tête s'est fait sans problème et les lettres ont vu le jour petit à petit. Certaines viennent d'une petite île au large de Trondheim, d'autres du plus profond de la forêt
amazonienne, d'autres enfin d'Asie du Sud-Est. Mais s'il m'a été plutôt facile de m'imaginer les mots que cet homme auraient employés, ses tournures précieuses et son ton exalté, la difficulté
réside dans les détails. Même si ces courriers ne sont qu'un grain de sable dans l'univers que Monam' a créé, je fais très attention à ce que j'écris (et Monam' fait la même chose dans tout ce
qu'il crée) car il n'est pas question de laisser passer un anachronisme ou une faute dans la perception d'une culture étrangère. Pas question non plus que la résultat puisse heurter les gens du
pays en question! L'univers de Juan Olaf Van Der Bilout est fait d'imaginaire et de dérision poétique et cela demande du tact et de la précision.
Il y a bien entendu parmi toutes les lettres une qui me tient plus à coeur que les autres, une dont je suis particulièrement fière. Ce n'est pas une lettre à sa femme (c'est même la seule qui ne
lui soit pas adressée) mais le testament qu'il laisse à son petit-fils Juani. Vous le trouverez tout en bas...
Juan Olaf Van Der Bilout est entré dans notre vie à un moment où nous avions particulièrement besoin de lui. Depuis, sa présence dans la maison crée des moments à part où des âmes mal
intentionnées pourraient nous croire un peu dérangés... Comme lorsque nous passons nos cheveux au shampoing sec et allons dans le jardin juste avant la pluie pour nous faire photographier par
Roméo. Le résultat, c'est le polaroïd que vous avez en tête de l'article et qui montre Juan Olaf à la fin de sa vie aux côtés de son épouse.
Les aventures de Juan Olaf Van Der Bilout sont à retrouver sur le blog du même nom !
Le Jeudi 23 août 1973
Mon tout petit,
Mon Juan Olaf II tant aimé,
Tu seras grand déjà lorsque tu liras ces lignes. C'est si difficile à croire aujourd'hui! Te voilà devant moi dans ton petit berceau et même mon souffle de vieil homme te ferait
vaciller...
J'ai été bien ému lorsque ta maman m'a dit le joli prénom qu'elle avait choisi pour toi. Oh! Je me doute que son choix n'a pas du faire que des heureux et que ton père aura sans doute eu bien des
arguments à lui objecter. En grand adepte des sciences exactes, ton père s'est toujours un peu méfié de moi.
Vois-tu, petit, j'arrive au terme de ma plus grande aventure. Alors que tu viens d'accoster en ce monde, je m'apprête à larguer les amarres pour aller fouler des terres lointaines, de l'autre
côté de la vie. Ainsi vont les choses: je te laisse la place.
Quand tes parents te jugeront assez grand pour comprendre, ils t'offriront une clé, celle là même que tu utilisas tout à l'heure pour ouvrir la malle. Ce jour là, la porte s'ouvrira pour toi sur
les mondes merveilleux découverts par le plus fabuleux et le plus méconnu aventurier et explorateur que la France ait connu, l'ami de l'homme le plus grand du monde et du roi le plus petit :
moi-même, ton grand-père.
Je sais, rien qu'à te regarder dormir, que tu sauras voir dans les objets hétéroclites qui sont tout mon héritage, l'éclat du merveilleux, l'étincelle du fantastique. Fais en bon usage, petit
Juani, et porte mon message. Les hommes de mon temps n'ont pas su me comprendre. Ils n'ont pas cru à mes histoires. Ou bien ils ont déclaré que l'intérêt de mes découvertes n'avait pas l'étendue
de ma prétention: quel toupet! Quand on a marché sur la muraille de chine à dos de chameau rieur de Tartarie, photographié le lion cornu de Laponie et rapporté des tsantzas de l'autre bout du
monde, on mérite bien quelque attention ! Alors bien sûr, un ou deux articles ont paru dans les journaux mais au fond, ils ont toujours pensé que je n'étais qu'un original. Ô quelle tristesse!
Pire encore: quelle ignorance!
Toi, tu leur raconteras l'histoire de ceux-qui-perdent-la-tête, tu leur montreras les animaux extraordinaires, tu les emmèneras sur mes traces dans les îles du grand Est de l'Asie. Surtout,
Juani, promets moi de prendre bien soin de mes photos. Je ne crains rien moins que les effets du temps sur ces précieux clichés. Et puis sois curieux: fouille bien partout dans le grenier car il
n'y a peut-être pas qu'une seule malle. Il se pourrait que je me sois amusé à cacher quelques souvenirs de plus quelque part...
Quand je t'imagine, quand je vois le jeune homme fringant et plein de fougue que tu vas devenir, tellement semblable à ce que je fus, alors mon cœur fatigué s'apaise et accepte de cesser le
combat.
Ecoute ma voix, Juani: Il était une fois les aventures de Juan Olaf Van Der Bilout, premier du nom, explorateur de l'impossible, qui vécut heureux au cœur du monde. Désormais, c'est à toi de
raconter l'histoire.
Je dépose sur ton berceau un amour vaste comme le ciel.
Ton grand père
PS: si ta grand mère est près de toi, dis lui que je l'attends. Dis lui aussi de ne pas se presser et de profiter de toi; après, nous aurons tout le temps de ne plus nous quitter.
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