Vassia - le roi (9)
Publié le 15 Juillet 2010
Et c’est comme ça que ça c’est passé. J’ai pris rendez-vous avec mon conseiller financier, un jeune gars bien sous tout rapport, le genre qui ferait pas la révolution mais qu’est pas mauvais pour autant. En tout cas, mon projet lui a bien plu, il m’a dit : « alors comme ça, on veut faire du Robbien ? » J’ai dit « sans doute » un peu dans ma barbe parce que je voyais pas de quoi il parlait ; il a fait ses calculs sur son ordinateur, et moi j’attendais. J’ai un peu bataillé pour intégrer l’achat du camion dans le prêt - au début, l’idée, c’était d’acheter une sorte de fourgonnette, pas un corbillard. Et puis de toutes façons, je lui aurais pas dit un truc pareil, je crois pas que ce soit son genre, à mon conseiller financier, la conduite de véhicule funéraire. Surtout qu’en plus, il râlait un peu, il disait : « Ah, non, on n’est pas dans les clous, là ; au siège, ça, ça ne passera pas. Sans compter sur mon responsable qui va me taper sur les doigts, vous pouvez en être sûr». Je me fichais pas mal qu’il se fasse taper quelque part, sachant de toutes façons que son speach était totalement bidon ; je voulais juste intégrer mon petit camion dans mon prêt. Alors finalement, j’ai fait celui qui était sur le point de partir et j’ai dit : « bon, ben tant pis alors ; pas de camion, pas de travaux. » Il a encore râlé un peu et puis il a dit « bon, j’ai peut-être une solution ». Ben tiens.
Je passe sur les étapes qui ont suivi : les devis, les artisans, les boîtes de matériel, les magasins de bricolage, les hésitations, les retours à la case banque, les revirements et les décisions, la chienlit quoi. Finalement, j’ai signé mon prêt et j’ai même fait calculer mon crédit d’impôts. Parce que je m’étais dit que quitte à tout refaire, autant faire les choses bien, pas trop pourrir ni l’air ni la terre, faire un peu attention à ça même si ça revient plus cher. Sam était pas trop pour. Il disait que l’écologique d’aujourd’hui, ça sera peut-être le polluant de demain, que ça changeait tous les jours ces trucs là et qu’en plus, personne n’avait de certitude sur rien. Mais comme il y avait le crédit d’impôts en ligne de mire et que de toute façon c’était pas son argent, il a pas insisté.
Vous devinez la suite : je me suis aménagé un petit coin à moi pour le temps des travaux, j’ai vendu ma voiture, lâché mon appartement, abandonné Sarah par la même occasion, trouvé mon corbillard et démarré le gros œuvre.
/image%2F0957387%2F20140323%2Fob_207f25_marie-trombi.jpg)