Vassia - le roi (7)
Publié le 27 Juin 2010
Je suis revenu chaque week-end, j’ai aspiré, nettoyé, aéré. Et puis un jour, je suis revenu avec Sam. Sam, c’est mon meilleur ami ; faut dire que je n’ai pas trente-six amis et d’ailleurs, maintenant que j’y pense, je crois bien que Sam est le seul. Ça me fait toujours bizarre les gens qui disent avoir des tas d’amis, qui font des tournois de pétanque avec eux le samedi, de pétanque ou de tennis, et des barbecues le dimanche. Ça me fatiguerait, de ne jamais avoir la paix le week-end. J’aime bien la solitude, pouvoir prendre mon temps.
Sam, lui, il est tout seul aussi. Enfin, une semaine sur deux. Parce que la semaine suivante, il a ses quatre gamins qui débarquent. Et là, c’est rock’n roll, croyez moi. Une semaine à s’occuper de quatre gosses avec le boulot en plus, ça a pas l’air facile. D’ailleurs, quand au bout de sept jours il les dépose chez leur mère, il est à la fois triste et lessivé. Mais pas soulagé. Ça non. Sam pourrait jamais être soulagé de se séparer de ses gamins. Ou alors, il faudrait vraiment qu’ils exagèrent, qu’ils lui en fassent voir de toutes les couleurs ; par exemple, qu’ils lui bousillent son jardin. Sam habite en ville et il a un petit jardin derrière sa maison ; alors, il l’a partagé en deux ; d’un côté, il a installé un portique pour les gamins, un truc coloré avec l’option toboggan ; et de l’autre, il fait ses plantations, bien entretenues, bien alignées. Et tout le monde chez lui connait la donne: Fais ce que tu veux, mais pas touche au jardin. Même pas du bout des doigts, même pas dans tes rêves.
Mais Sam a pas la même vision que moi de la solitude ; c’est un bavard, un démonstratif ; alors, avoir personne à qui raconter des trucs, pouvoir taper dans le dos de personne, ça lui pèse ; du coup, il passe des soirées entières à essayer de faire des rencontres, sur internet ; pour le moment, on peut pas dire que ça ait marché ; vous pensez, quatre gamins, tous séparés du temps minimum nécessaire à leur conception, ça en refroidit plus d’une. Il s’est même inscrit à un speed dating une fois, ce truc où t’as quelques minutes chrono pour trouver la femme de ta vie, celle dont t’avais toujours rêvé. Tu testes chaque fille l’une après l’autre, ça tourne. Tu papotes, t’essaies de nouer le contact. Enfin, je dis ça, moi, j’en sais rien. Aves Sarah, j’ai jamais réussi à nouer quoi que ce soit en trois quart d’heures de route alors. Sans parler du retour. Mais pour en revenir au Speed dating, il parait que pour certains ça marche, qu’il y a des gars qui repartent avec une sirène au bras. C’est Sam qui m’a raconté ça, il l’a lu quelque part. Faut croire que ça marche pas pour tout le monde, parce qu’en tout cas, lui, il est revenu sans personne.
Quand Sam ne travaille pas, quand il ne cultive pas son jardin, qu’il ne tente pas de se trouver une nouvelle femme et qu’il n’a pas ses enfants, il s’ennuie. Du coup, il m’a proposé de m’aider pour retaper ma maison. On y est allés tous les deux, je lui ai fait faire le tour du propriétaire. Il a tout regardé, comme un pro, il a même voulu monter sur le toit avec une échelle. Ensuite, il m’a dit : « Elle est trop grande pour toi cette maison. Faut pas que t’habites tout seul ici, tu vas gamberger. Tu pourrais la séparer en deux, tu vois, là, au niveau de l’escalier ; tu te gardes une moitié pour toi, celle où tu te sens le mieux, et tu loues le reste. Comme ça, t’es pas tout seul et en plus, ça te rembourse les travaux. » J’ai dit que j’allais réfléchir, que je savais pas trop si j’étais prêt à supporter des inconnus sous mon toit, des gens qui feraient du bruit, qui se vautreraient dans le jardin au moindre rayon de soleil. Alors il a dit : « Qu’est-ce que tu risques ? C’est toi le propriétaire non ? c’est toi qui fixes les conditions. Ils sont pas obligés d’avoir accès au jardin. Et puis, tes locataires, c’est toi qui les choisis. ». Vu comme ça, ça méritait réflexion. Je roulais pas sur l’or et louer une partie de la maison me permettrait de faire des travaux plus conséquents et obtenir un prêt plus facilement. C’est le genre d’argument qu’aiment bien les conseillers financiers, le genre de truc qui leur donne le sourire. Alors j’ai fini par me dire : « Pourquoi pas ? » comme je fais la plupart du temps quand Sam essaie de me convaincre, et je me suis lancé dans l’aventure.
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