Vassia - le roi (29)
Publié le 29 Octobre 2010
J'ai du retourner voir le psy, je devais y aller tous les mois. Et j'ai beau être assez sceptique par rapport à ça, je reconnais que de parler à quelqu'un de tout ce qui n'allait pas, ça me faisait du bien. J'étais pas couché sur un divan, ça c'est dans les films. J'étais assis en face de lui dans un beau fauteuil confortable, un truc avec des accoudoirs en velours qui devait coûter la peau des fesses. Et je parlais. Enfin, heureusement, je crois qu'il a vite vu à qui il avait à faire parce qu'il me laissait pas comme un con à pas savoir quoi dire, il me posait des questions. La première fois, j'avais pas osé lui dire que je croyais pas trop en toutes ces choses là mais cette fois, je me suis plus lâché. Peut-être que c'était l'effet du traitement, j'étais plus décontracté. J'ai commencé en lui disant que l'inconscient, c'était pas trop ma tasse de thé et que s'il y avait des trucs cachés au fond de mon cerveau où n'importe où ailleurs, j'aimais autant que ça y reste. Mais en fait, il m'a dit qu'il était d'accord avec ça.
Je lui ai parlé de Sarah un peu, de la famille qui allait venir habiter dans la maison, de l'impression que j'avais depuis quelque temps d'être un peu moins seul. Mais bon, tout n'était pas rose non plus et il a bien fallu que j'aborde un peu le côté négatif des choses. J'étais angoissé. Très souvent, sans raison, je ressentais une lourdeur dans le ventre, comme si j'étais le loup du petit chaperon rouge et qu'on m'avait mis des pierres dans les entrailles avant de me recoudre. Je portais mes pierres dans le ventre moi aussi. Je ne lui ai pas présenté les choses comme ça, j'ai pensé que le loup et le petit chaperon rouge, c'était encore un truc à passer pour un barjo. Non, j'ai choisi mes mots. Même si au fond, c'était bien cette image que j'avais; elle me venait du livre de contes que j'avais quand j'étais gamin: la grand-mère du petit chaperon rouge recousait le ventre du loup avec une grande aiguille épaisse et ça avait beau être un sacré salopard ce loup, je trouvais ça quand même un peu cruel.
Je lui ai dit ça comme ça: « j'ai une lourdeur dans le ventre », je lui ai dit que quand ça m'arrivait, je prenais un truc, un quart de médoc qui fondait sous la langue. C'était rapide. Mais en fait, j'aurais aimé ouvrir la porte et partir courir sur le chemin qui descend au village; aller vite, très vite, encore plus vite, et d'un coup, comme pour avaler le monde, ouvrir les bras et m'envoler.
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