Vassia - le roi (28)

Publié le 27 Octobre 2010

J'ai tout de suite su que c'était à eux que j'avais envie de la louer: un couple sympa avec des enfants, trois gamins dépareillés qui feraient du bruit dans la maison. C'était pas les plus fortunés que j'avais vus, pas les plus emballés non plus quand j'y repense, mais c'est eux que j'ai choisis dès qu'ils sont sortis de leur voiture. Je les attendais dehors, je m'étais assis sur les marches du perron pour souffler un peu, c'était ma troisième visite de la journée et j'en étais à cinq depuis que l'annonce était parue. En deux jours, j'avais plus parlé que dans les six derniers mois, j'étais claqué. A chaque visite, j'expliquais d'abord le principe: les parties concernées par la location et celles qui m'appartenaient, je parlais un peu des travaux qu'on avait faits et je donnais des détails techniques: la superficie au sol, le type de chauffage, l'isolation. Je m'étais fait un plan et je le suivais à la lettre, ça m'évitais d'en oublier. Après, je les emmenais dans la maison mais je les attendais en bas pour qu'ils visitent tranquilles, j'allais pas leur coller aux basques. En cinq visites, j'avais vu de tout: des hommes seuls, deux en tout, un couple assez âgé avec un chien, une mère célibataire avec deux gamins, des gens enthousiastes et des gens suffisants, des gens totalement neutres et des bavards. Mais quand ceux-ci sont arrivés, c'étaient les premiers à dégager quelque chose de serein et d'équilibré, les seuls à me renvoyer une image du bonheur.

 

Faut pas croire que c'était la famille Doucoeur, faut pas exagérer. La femme paraissait inquiète et le mari un peu stressé, les gamins filaient à peu près droit, surtout les deux ados, un garçon et une fille et un petit dernier qui courait partout et qui faisait le zouave. Celui-là, je l'avais même pas vu sortir de la voiture, il avait surgi d'un coup derrière les deux autres et avait commencé à courir dans tous les sens. Ça avait l'air d'être le genre jamais fatigué, Sam en avait un comme ça, celui qui avait cinq ans. Il y avait un sacré écart d'âge entre ce petit gamin et les deux autres et je me suis dit qu'avec ces deux ados du même âge qui se ressemblaient pas et ce petit gars derrière, c'était peut-être bien un couple qui s'était rencontré un peu tard, une famille recomposée comme on dit, comme si c'était une histoire de composition comme pour les bouquets de fleurs, et comme si ça avait à voir avec la décomposition de quelque chose. Pour ce que j'ai pu en voir, les couples recomposés sont toujours plutôt amoureux, peut-être parce qu'ils ont du temps à rattraper, ils savent à l'avance qu'il leur reste moins qu'une vie. Peut-être que c'est ça qui énerve les autres; parce que le bonheur, c'est pas très populaire en général.

 

Je les ai accueillis comme j'avais accueillis les autres avant eux et je leur ai fait mon numéro avant de les laisser visiter tout seuls. Au rez-de-chaussée, je leur ai quand même expliqué comment était faite la maison, la distribution des pièces. Quand je leur ai dit qu'il y avait une seule chambre en bas et les deux autres à l'étage, l'homme a touché la main de sa femme; c'était juste un frôlement, quelque chose de fugace entre lui et elle, j'étais pas sensé le voir. Mais je savais ce que ça voulait dire, c'était un truc de gens qui s'aiment. Et c'est comme ça qu'ils ont emporté le morceau.

 


Rédigé par Marie Alster

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M
<br /> <br /> c'est beau . et toujours j'attends ce qui va suivre , c'est bon.<br /> <br /> <br /> <br />
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