Vassia - le roi (24)

Publié le 29 Septembre 2010

Y a des jours comme ça: des jours où tout va de travers, ou bien des jours où tout vous sourit. Ce jour là, c'était le jour où j'avais des visites à l'improviste. Je crois bien que ça m'était jamais arrivé. Pas depuis que je vivais tout seul en tout cas. Hormis Sam bien sûr, mais Sam, c'est pas pareil. Et d'ailleurs, Sam vient jamais complètement à l'improviste, il téléphone juste avant et il demande : « j'arrive chez toi, là, ça dérange pas? ».

 

Sarah n'a pas appelé avant; elle est arrivée comme ça, en marchant d'un pas léger. Je pensais même pas qu'elle savait où était la maison. J'étais toujours dans le jardin en train d'arracher les mauvaises herbes et tirer sur le lierre, et d'un coup, Sarah était là, cachant le soleil de sa frêle silhouette. Je l'avais pas entendue venir, j'avais pas senti sa présence sur le chemin. Elle a dit: « Salut Vassia. » J'ai dit: « Sarah. » J'ai dit seulement ça: « Sarah. » parce que je savais pas quoi dire, j'avais encore mes gants pleins de terre et je savais pas quoi faire de mes bras. Elle a dit: « tu fais du jardin; j'aime bien ça moi aussi. » Et puis elle a regardé autour d'elle comme si c'était normal qu'elle soit là, et elle a dit: « tu me montres? »

 

Alors j'ai posé mes gants sur le bord du mur et je l'ai emmenée avec moi. On a fait le tour du jardin, devant c'était vite fait mais derrière, y avait plus à voir: on a suivi le mur de pierres, on est passé sous l'arbre et on est revenu vers la maison en longeant la grange. Elle parlait beaucoup, elle commentait ce qu'elle voyait, elle trouvait tout « super joli » et « vraiment chouette ». En arrivant devant la grange, elle m'a dit: « c'est à toi, ça aussi ? » J'ai dit: « ouais mais je sais pas trop ce que je vais en faire; je te montre pas, c'est tout vide à l'intérieur. Y a que des chauve-souris à mon avis là dedans. » je savais que les chauve-souris, ça la dissuaderait. Ça a pas raté: elle a pas insisté et on a continué à marcher le long de la maison. Elle trouvait que je devrais faire une terrasse pour la belle saison, un beau truc en bois où je pourrai mettre des chaises longues. J'ai rien dit parce que je suis pas très bronzette mais j'avais pas envie de la décevoir.

 

Quand on a finit notre tour, j'avais pas envie qu'elle s'en aille. J'ai pris mon courage à deux mains et je l'ai invitée à entrer: je pourrais lui montrer l'intérieur et lui offrir un café. Elle voulait pas de café, elle préférait un thé, parce que le café, ça l'empêcherait de dormir. Alors je suis allé dans la cuisine et je nous ai préparé un thé pendant qu'elle furetait dans le salon; j'entendais le frôlement de ses habits sur les meubles, je l'imaginais levant les yeux vers les poutres du plafond. A un moment, elle m'a crié quelque chose mais la bouilloire s'est mise en route et j'ai pas entendu. Quand je suis arrivé dans le salon avec les tasses à la main, en les tenant par les anses pour pas me brûler, elle regardait une photo posée sur les étagères. Elle s'est pas retournée, elle a juste dit: « je te disais: c'est toi là? » Oui, c'était moi, avec ma mère. Je devais avoir trois ou quatre ans et j'étais sur ses genoux ; enfin presque; parce qu'en mettant le retardateur, elle avait du prendre un peu trop de temps à s'asseoir ou alors c'est moi qui avais pas réagi à temps; la photo s'était enclenchée alors qu'elle me tenait encore par les hanches, me hissant sur ses genoux. Ma mère disait que cette photo était ratée mais je l'aimais bien, parce qu'on aurait pu croire que ma mère me faisait voler dans les airs en me tenant à bout de bras.

 

Sarah a pris sa tasse, elle a soufflé dessus et en a gouté une gorgée du bout des lèvres. J'avais pas envie qu'on s'assoit l'un en face de l'autre et que chacun se retrouve à chercher ses mots en regardant fumer le thé dans sa tasse. Je lui ai dit: « si tu veux, je peux te montrer la maison, je peux même t'emmener du côté des locataires. » Elle m'a suivi dans toutes les pièces, on buvait notre thé en marchant; je lui expliquais tout ce qu'on avait fait, ça me faisait une conversation facile, je maitrisais mon sujet. En arrivant à l'étage, elle a dit: « c'est ta chambre? » C'était juste une question comme ça, qu'elle aurait pu aussi bien poser pour la salle de bain ou la chambre d'amis. Mais là, debout sur le seuil de ma chambre, avec mon lit un peu défait et Sarah à côté de moi, j'ai imaginé des trucs auxquels il valait mieux pas penser en sa présence.

 

Alors je l'ai emmenée dans l'autre partie de la maison, c'était plus impersonnel, c'était tout vide. Elle était comme un poisson dans l'eau, mais elle est toujours comme ça. La maison lui a bien plu, elle a dit que ça se louerait tout de suite, on a un peu parlé du prix et puis elle a dit qu'il fallait qu'elle pense à rentrer. Quand elle est partie, je l'ai accompagnée jusqu'au chemin, j'avais mes outils à mettre à l'abri. Le soleil était plus très haut dans le ciel, elle avait du rester un bon moment. J'aurais pu lui dire: « t'es libre cette semaine? On pourrait dîner ensemble »; j'aurais pu lui dire aussi: « reste, je te ferai l'amour par terre et contre les murs»; mais j'ai dit: « repasse un de ces jours, je t'emmènerai dans les bois et faire le tour du village ». Elle a dit: « d'accord, je viendrai » et je savais qu'elle le ferait. Elle a commencé à partir et puis elle s'est retournée, elle a posé une main sur ma joue et elle a dit: "ça me fait plaisir de voir que ça va". Quand elle a enlevé sa main, j'avais la joue en feu et le temps que je me demande si c'était de ce côté là que j'avais pris un coup d'ortie, elle marchait déjà sur le chemin.

 

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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R
<br /> <br /> Quel dommage c'eût été. J'espère qu'il y en aura d'autre <br /> <br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br /> Oh bon dieu. De l'érotisme.<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> ouais, j'ai failli pas oser...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> C'est bien, c'est vraiment bien. J'attends les photos, la suite, c'est comme un feuilleton.<br /> <br /> <br /> <br />
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S
<br /> <br /> Ben dis donc il a l'air tout chose le Vassia, il revient à la vie. C'est fou comme l'amour vous change la vie...<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> oui, c'est fou  <br /> <br /> <br /> <br />