Vassia - le roi (11)
Publié le 20 Juillet 2010
Il a d’abord fallu décider de comment on allait couper la maison, comment d’une maison on allait en faire deux. Surtout qu’on avait pas de plan, et faire appel à un architecte, ç’aurait été une sacrée dépense supplémentaire. Non. Avec Sam, on s’est creusé les méninges, on a observé, on a fait des croquis, des gribouillis qui ressemblaient à des plans en coupe, et on s’est mis d’accord sur la marche à suivre. Tout ce que je voulais, c’était pouvoir accéder à la maison par le côté et garder pour moi le jardin de derrière, avec l’arbre et la vue sur les montagnes. Je laissais le jardin de devant – plus petit mais joli, de quoi planter des fleurs et faire des barbecues – à mes futurs locataires. Je voulais deux chambres chez moi et trois dans leur partie à eux, de quoi installer deux enfants au moins et être à l’aise. Sam pensait que je devais garder plus d’espace, il me disait de faire attention, qu’un jour qu’aurais peut-être des gamins moi aussi et je les mettrai où ? Mais on en est restés là. Ce n’est pas que je n’avais pas réfléchi à ça. Mais je me disais qu’il y avait encore la grange, et que je pourrai toujours l’aménager si un jour je faisais des enfants, les petits-enfants et arrières petits-enfants de plus personne.
Quand on a démarré les travaux, c’était le début de l’été ; j’avais posé mes congés en Juillet et Sam avait deux mois de vacances : un avec moi pour faire les travaux, et un avec ses gamins dans un camping avec trois tentes et deux glaciaires, sans doute quelque part au bord d’une rivière, n’importe où où ils pourraient pêcher et faire les fous,.
On a du abattre deux ou trois murs, et l’escalier aussi, pour en faire deux séparés, plus tard, ailleurs. On avait chacun une masse et on frappait comme des sourds. Ensuite, on faisait des sacs de gravas, on les montait dans le corbillard et on les emmenait à la décharge. Un soir, on était encore à taper avec nos masses quand on a entendu quelqu’un nous appeler à travers la poussière. C’était le vieux Pennac qui rigolait en nous regardant : « vous verriez vos têtes, vous êtes blancs comme des morts. Vous devriez vous arrêter un peu, venez boire quelque chose. »
On s‘est frotté les cheveux, on a tapé nos vêtements et on l’a suivi chez lui, une petite maison basse au centre du village. Et si je devais dire à quel moment les choses sont devenues bizarres, je crois bien que je choisirais ce moment là. Je ne m’en suis pas rendu compte sur le coup, mais maintenant que j’y repense et que j’essaie de tout mettre en ordre pour mieux vous faire comprendre, je dirais que c’est ce soir là que le vent a tourné.
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