Le jeu de Madame Alfred 7
Publié le 20 Juin 2009
ou "les aventures du Grand Oracle au chevet du monde" , épisode 7
Il était une fois un pays béni où la nature produisait de tout en profusion et qu'on appelait la Terre d'Abondance. Les habitants y vivaient repus et la vie y était, dit-on, plus heureuse. Pourtant, il y avait un être à qui la nature refusait ses généreuses offrandes, un être qui était exclu des rires et des festins: un pauvre vieux pêcheur qui de toute son existence n'avait jamais ramené un seul poisson dans ses filets. Alors que les lacs regorgeaient de truites et de tilapias, ses filets restaient désespérément vides et il rentrait chaque soir bredouille, humilié par tous ces poissons qui s'étaient ri de ses appâts, avaient boudé ses filets. Le soir, en montant le chemin qui le menait à sa maison, il voyait son épouse le regarder à la lucarne, le regard posé sur son panier qu'elle devinait vide. Ils passaient ensuite tout le soir sans un mot car sa femme s'était lassée de ce pêcheur qui ne pêchait pas. Et de tous les malheurs qui l'accablaient, le pauvre pêcheur ne savait pas quel était le pire: ne jamais connaître le poids d'un filet plein de poissons ou ne plus jamais revoir la lumière dans les yeux de son épouse. Alors, un matin, il finit pas faire appel au Grand Oracle.
Le Grand Oracle fut d'abord surpris d'être appelé en Terre d'Abondance mais il vint sur le champ car un appel venu d'un pays aussi oppulent ne pouvait être qu'important. Il écouta la plainte du vieux pêcheur et lui dit: "va mon ami, ramène moi trois clous de girofle et un piège à loup." Lorsque le pêcheur revint, le Grand Oracle posa sa robe de soie, la plia soigneusement et la posa sur le bord du lac. Il prit alors le piège à loup, en ouvrit les mâchoires et passa son bras maigre à l'intérieur. Puis il mit les clous de girofle dans son slip et entra dans l'eau. Il marcha ainsi droit devant lui, son slip de coton flottant sur le haut de ses cuisses; au bout de quelques mètres, il se retourna vers le pêcheur, leva un doigt vers le ciel comme pour sentir la pluie et cria: "demain peut-être pris au filet, ils seront suspendus au marché" puis il repris sa marche dans l'eau où il finit par disparître tout à fait.
Lorsqu'il réapparut au bout d'un temps qui aurait été fatal à n'importe qui d'autre, le Grand Oracle reprit sa robe de soie qu'il enfila sans prendre la peine de se sècher. Il salua le pêcheur d'une profonde révérence puis s'en alla en marchant sur l'eau, sa robe collant par endroit sur son corps.
Le soir même, puis tous les autres soirs de sa longue vie, le pêcheur revint chez lui courbé sous le poids des poissons dans ses paniers. Depuis ce jour, il vécut repu et heureux auprès de l'épouse qu'il avait reconquise. Jamais il ne sut ce que le Grand Oracle avait murmuré ce jour là à l'oreille des poissons ni ce qu'il avait bien pu faire du piège à loup mais, sans doute par peur de perdre ce qu'il avait enfin gagné, il ne chercha jamais à le savoir.
Il était une fois un pays béni où la nature produisait de tout en profusion et qu'on appelait la Terre d'Abondance. Les habitants y vivaient repus et la vie y était, dit-on, plus heureuse. Pourtant, il y avait un être à qui la nature refusait ses généreuses offrandes, un être qui était exclu des rires et des festins: un pauvre vieux pêcheur qui de toute son existence n'avait jamais ramené un seul poisson dans ses filets. Alors que les lacs regorgeaient de truites et de tilapias, ses filets restaient désespérément vides et il rentrait chaque soir bredouille, humilié par tous ces poissons qui s'étaient ri de ses appâts, avaient boudé ses filets. Le soir, en montant le chemin qui le menait à sa maison, il voyait son épouse le regarder à la lucarne, le regard posé sur son panier qu'elle devinait vide. Ils passaient ensuite tout le soir sans un mot car sa femme s'était lassée de ce pêcheur qui ne pêchait pas. Et de tous les malheurs qui l'accablaient, le pauvre pêcheur ne savait pas quel était le pire: ne jamais connaître le poids d'un filet plein de poissons ou ne plus jamais revoir la lumière dans les yeux de son épouse. Alors, un matin, il finit pas faire appel au Grand Oracle.
Le Grand Oracle fut d'abord surpris d'être appelé en Terre d'Abondance mais il vint sur le champ car un appel venu d'un pays aussi oppulent ne pouvait être qu'important. Il écouta la plainte du vieux pêcheur et lui dit: "va mon ami, ramène moi trois clous de girofle et un piège à loup." Lorsque le pêcheur revint, le Grand Oracle posa sa robe de soie, la plia soigneusement et la posa sur le bord du lac. Il prit alors le piège à loup, en ouvrit les mâchoires et passa son bras maigre à l'intérieur. Puis il mit les clous de girofle dans son slip et entra dans l'eau. Il marcha ainsi droit devant lui, son slip de coton flottant sur le haut de ses cuisses; au bout de quelques mètres, il se retourna vers le pêcheur, leva un doigt vers le ciel comme pour sentir la pluie et cria: "demain peut-être pris au filet, ils seront suspendus au marché" puis il repris sa marche dans l'eau où il finit par disparître tout à fait.
Lorsqu'il réapparut au bout d'un temps qui aurait été fatal à n'importe qui d'autre, le Grand Oracle reprit sa robe de soie qu'il enfila sans prendre la peine de se sècher. Il salua le pêcheur d'une profonde révérence puis s'en alla en marchant sur l'eau, sa robe collant par endroit sur son corps.
Le soir même, puis tous les autres soirs de sa longue vie, le pêcheur revint chez lui courbé sous le poids des poissons dans ses paniers. Depuis ce jour, il vécut repu et heureux auprès de l'épouse qu'il avait reconquise. Jamais il ne sut ce que le Grand Oracle avait murmuré ce jour là à l'oreille des poissons ni ce qu'il avait bien pu faire du piège à loup mais, sans doute par peur de perdre ce qu'il avait enfin gagné, il ne chercha jamais à le savoir.
Pour ce 7ème épisode, les contraintes étaient:
A la lucarne
Un piège à loup
"Demain peut-être pris au filet,
Ils seront suspendus au marché."
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