Latcho drom

Publié le 17 Avril 2008

Je n'ai jamais parlé de toi. Je le fais aujourd'hui. Mais je ne citerai pas ton nom, non, je ne montrerai pas ton visage...

Au début, il y a eu le bruit, celui de la voiture qui heurte ton corps. Les cris sont venus juste après. Et à la fin seulement, les sirènes. Il ne roulait pas trop vite, il n'avait pas bu mais il ne t'a pas vu traverser la route. Les femmes ont hurlé, les hommes se sont jetés sur la voiture, ont frappé le conducteur. C'est d'ailleurs tout ce que le monde a retenu de cette histoire, c'est tout ce que le journal a dit de ta mort. Comme si les gadjés se laissaient écraser leurs enfants sans rien dire, sans hurler, sans frapper. Il n'y aurait pas de quoi être fier, hein?

Mais tu sais ce qu'ils ont raconté, après, les gens de ton peuple? Tu sais comment ils ont mis fin à la haine ? Ils ont dit que le seigneur t'avait rappelée à lui juste avant que la voiture te touche. 

Et puis, il y a eu ton enterrement, un jour de grand soleil. Tes cheveux auraient brillé dans la lumière. Tu aurais vu la foule, c'était vraiment quelque chose. Etaient-ils des centaines? Un millier peut-être. Il y avait les cousins et les amis, les amis des cousins, les frères des amis et puis tous ceux des vendanges et ceux des cueillettes. Tous avaient mis leurs habits les plus beaux, ceux qui avaient la classe. Debout près du corbillard, les gendarmes avaient chaud dans leurs uniformes. Est-ce qu'il y a toujours la police aux enterrements des jeunes filles? Ce qui est sûr, c'est que tout le monde était là. Tout le monde oui, sauf ta mère. Les mères, on ne leur fait pas croire n'importe quoi...

Mais tu sais ce qu'ils ont raconté, après, les gens de ton peuple? Tu sais comment ils ont rendu la mort jolie? Ils ont dit qu'en refermant ton cercueil, ils t'avaient vu sourire. 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Ecritures

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