Vassia - le roi (épilogue)

Publié le 27 Avril 2011

Je me suis fait un café, j'ai enfilé un jean et un pull, mis des affaires dans un sac de sport, de quoi tenir quatre ou cinq jours. Parce que j'avais pas l'intention de faire l'aller-retour, je voulais rester un peu. Ça ferait un trou supplémentaire sur mon compte, mais j'avais encore un peu de marge. Je suis allé dans le bureau et j'ai allumé l'ordinateur pour regarder l'itinéraire. J'ai imprimé ce qu'il me fallait, la route à prendre, le plan de Bruxelles. Puis j'ai arrêté l'ordinateur, j'ai pris des CD dans le salon, baissé les radiateurs, vérifié que j'avais bien éteint toutes les lumières, et je suis parti.

 

Il devait être neuf heures quand j'ai pris la route, j'avais fait vite. Il me fallait pas tant d'heures que ça pour aller jusqu'à là-bas mais je ferai des pauses, ça rallongerait le trajet. En tout cas j'y serais en début de soirée, c'était sûr. J'avais du mal à m'imaginer la ville, j'imaginais seulement Sarah, debout sur une grande place. La place était floue autour d'elle, mais Sarah avait les mains au fond de ses poches pour les tenir au chaud, et scrutait la foule du regard pour me voir arriver.

 

J'ai longé le cimetière, je voulais aller prendre l'autoroute par le Nord, pas descendre jusqu'en ville et me payer les feux. J'ai pensé à ma mère en longeant le mur de pierres, ma mère qui reposait là depuis bientôt un an. Si elle avait été en vie, je lui aurait promis une carte postale, et je la lui aurais envoyée bien sûr, comme quand j'étais parti en classe de mer et un peu plus tard en Angleterre, une carte qui lui aurait fait penser que je passais de belles vacances, que j'étais bien là où j'étais. J'ai pensé à plein de choses que je voulais lui dire, en trois secondes, juste le temps de longer le cimetière, le minuscule cimetière de mon petit village, c'est fou comme on peut avoir des pensées très longues en à peine quelques secondes. Il fallait que je lui dise que je partais retrouver Sarah, que je serais prudent; que je viendrais la voir à mon retour, et qu'un de ces jours, Sarah viendrait aussi.

 

J'ai dépassé le cimetière et me suis concentré sur la route. À cet endroit, ça montait pas mal et le village n'était plus que des petites taches un peu plus bas. La maison allait dormir quelques jours, la chaudière se déclencherait de temps en temps quand la température serait trop basse, ça ferait un ronronnement dans les pièces vides. Dans le bureau, j'avais rangé les photos, il y avait plus rien qui traînait. Même pas les trois photos prises chez ma mère. D'ailleurs je les avais jetées, il n'y avait plus personne à y voir, celui qui s'y était trouvé s'en était allé.

 

Etait-il encore quelque part? Est-ce qu'il regardait rouler ma voiture depuis un endroit secret du ciel, au dessus du brouillard?

 

J'avais roulé sans musique, perdu dans mes pensées, c'est en arrivant sur l'autoroute que je me suis souvenu des CD. Passé le péage, j'en ai mis un dans l'autoradio et j'ai monté le son. Pendant que les paysages défilaient en rythme, Sarah attendait ses bagages dans le hall d'un aéroport. Elle prendrait ensuite une navette qui l'emmènerait jusqu'en ville, ce serait une sort de mini bus avec écrit dessus « navette aéroport » ou un truc dans ce goût là. Arrivée dans Bruxelles, elle chercherait un hôtel, prendrait un truc un peu joli pas trop loin du centre, et elle y poserait ses bagages. Ce qu'elle ferait ensuite, je le savais pas, elle me le dirait sans doute quand je l'appellerais, quelque part sur une aire, après avoir bu un café qui serait pas très bon mais suffisamment fort pour que je puisse pas m'endormir, et elle me dirait: « Je vais faire un petit tour dans la ville, repérer les lieux ».

 

Je traverse des zones grises, des lieux tout juste bons à abriter une usine électrique ou une station d'épuration, à s'étaler le long d'une autoroute. Mais je continue de rouler un sourire sur les lèvres, je suis l'as des as, je suis Vassia - le roi; parce que tout au bout, là-bas, dans la ville que je ne connais pas, une femme m'attend.

 

Elle est sur la place, elle a un peu froid. Autour d'elle les gens se pressent près des petites maisons du marché de Noël, ils boivent du vin chaud en tenant leur gobelet serré dans leurs mains et font de la buée en discutant. Le vent s'engouffre entre les maisons et se fraie un chemin sous ses habits. Durant tout le temps qu'elle a passé près des lacs gelés, jamais elle n'a eu aussi froid. Elle se concentre sur la foule qui l'entoure, essaie de faire abstraction des chants de Noël diffusés un peu partout dans des enceintes, c'est un peu trop fort, elle est fatiguée. Elle fait quelques pas vers la patinoire: des gens glissent en souriant, parfois par deux en se tenant la main, ou tout un groupe de gamins qui essaient de rester ensemble; ils se tiennent par les manches, les capuches, tout ce qui laisse une prise à des doigts gantés, quelques uns tombent sur les fesses et se redressent en riant, c'est un endroit pour les gens heureux, il y a des endroits comme ça. Elle reste encore un peu à les regarder filer et fait quelques pas plus loin, s'approche des premières petites maisons, observe les décorations pour les sapins, les bonbons, les massepains. Elle se dit qu'elle ne doit pas s'attarder là, et si je ne la trouvais pas? Elle n'achète rien, nous verrons ça ensemble, nous verrons ça demain. Je la vois de dos, ses cheveux sont pris dans son écharpe de laine. Je marche dans la foule, me fraie un chemin. Encore quelques pas, rien que quelques pas au milieu des gens; je vais ouvrir la bouche, appeler son nom, tendre la main; alors, la véritable histoire commencera.

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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L
<br /> <br /> Voilà. C'est beau et ça manque déjà.<br /> <br /> <br /> <br />
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R
<br /> <br /> Superbe<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Je ferme les yeux. la fin, c'est pour ce soir, et demain, ça repart chez toi . Vassia a fait du chemin à mes côtés ces derniers jours , il a vu l'océan à l'ouest, les hautes montagnes au sud . Du<br /> coup, toi aussi, tu étais dans ma valise ! (pas trop inconfortable, j'espère).<br /> <br /> <br /> <br />
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