Vassia - le roi (1)
Publié le 1 Mai 2010
On m’appelle Vassia. Un prénom étrange pour quelqu’un de mon pays. C’est le diminutif de Vassili, le prénom que me donna ma mère. Elle aimait ce qui rappelait les pays slaves. Pourtant, elle était comme moi : native des montagnes, fille des volcans. Elle aurait voulu s’appeler Olga, ce genre de prénom où l’on aurait entendu couler de larges fleuves et souffler des vents glacés. Mais elle s’appelait Madeleine et j’avais beau lui dire que c’était beau comme de douces collines, elle n’aimait pas son prénom. Elle disait qu’elle s’appelait comme une vieille. Pourtant, à l’époque où elle était née, c’était très en vogue. Comme Nicole ou Jacqueline. Mais peu importe. De toute façon, en prenant de l’âge, elle s’est mise à se faire appeler Olga. Olga Lipovsky. Je ne sais pas où elle avait trouvé ça. Elle passait des commandes sous ce nom, par téléphone, et disait toujours : « Lipovsky. Avec un i grec. » Je la reprenais en lui disant d’arrêter ses caprices mais au fond, je savais que c’était plus grave. Mais je ne suis pas là pour vous parler de ça. Je m’appelle Vassia et ça veut dire « le roi ». Elle n’a pas choisi ce nom par hasard ; sûrement qu’avant même de voir ma tasse, elle savait déjà tout ce que je serai pour elle et le pouvoir que je prendrai sur sa vie. Son roi. Le seul roi que j’ai jamais été.
Autant vous le dire : je ne suis pas très causant. Je n’ai jamais grand-chose à dire, c’est comme ça. Ça n’a pas dû arranger mon cas auprès des femmes mais parler de tout de rien, je sais pas faire. D’ailleurs, j’ai choisi un métier en conséquence. Je ne me voyais pas prof, présentateur sportif ou animateur radio. Même sans parler du peu de probabilité d’y parvenir un jour. Par contre, j’aurais pu être psy et attendre que les autres parlent. Oui, j’aurais fait un bon psy. Mais c’était pas mon truc, les méandres de l’âme ; mon truc à moi, c’était ceux des ruisseaux, l’odeur des prairies, le chant des oiseaux. Alors je suis devenu technicien de gestion des milieux naturels, en particulier des espaces protégés. Je m’occupe de la préservation de la faune au sein d’un parc régional. Un chouette métier.
En fait, ces temps-ci, il m’est arrivé des trucs pas ordinaires et c’est ça que je voudrais vous raconter. Des trucs à dormir debout comme on dit, des trucs pas banals.
Voilà. C'est ce que j'appelle "le début de mon roman". Qui sait, peut-être qu'il n'y aura pas de roman du tout ou bien qu'il ne commencera pas comme ça. Peu importe. C'est le bout qui va me permettre de continuer, celui que j'ai réécris plusieurs fois, au présent, au passé simple, en prenant un point de vue extérieur... mais c'est ce ton là que je cherchais. Avec, en passant, un clin d'oeil-hommage à une grande dame.
Et pour lire un article très intéressant de Martin Winckler sur l'écriture et la (non)construction d'un roman, c'est par ici, sur son blog.
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