Vassia - le roi (45 et 46)

Publié le 18 Février 2011

Finalement, notre rendez-vous s'est bien passé. On a parlé, expliqué, le gars a fini par comprendre. Je crois que c'était le genre de type qui avait besoin d'une présence féminine. C'est Sarah qui a parlé presque tout le temps, elle m'avait prévenu, elle m'avait dit: « laisse moi faire » et c'est ce que j'ai fait. Comme ce mec me donnait toujours envie de lui en mettre une dès qu'il ouvrait la bouche, c'était aussi bien que ce soit elle qui parle. Elle a fait ça de manière très naturelle, en lui parlant calmement, un peu comme à un gamin,sans exagérer non plus, il devait pas s'en rendre compte. Elle lui avait apporté des papiers, des photos, et elle a commencé par lui expliquer le cycle de vie des chauve-souris qui nichaient dans l'impluvium. Ensuite, elle a mis en avant les dégâts que la disparition de la ruine pendant l'hiver occasionnerait, avec un petit air désolé qui la rendait irrésistible. Et le fait est qu'il a pas résisté. Il a un peu bougonné et puis il a dit; « bon d'accord, jeune fille, je veux bien faire ça pour vous. Mais alors vous reviendrez me voir au printemps, pour que je sois sûr de pas faire de bêtise. » Elle a souri sans répondre, elle s'est pas engagée; mais j'avais beau bouillir intérieurement en voyant ce gros lourdaud lui faire du rentre dedans, je savais que ce serait la voie de la raison, qu'il faudrait revenir le voir pour s'assurer qu'il fusille pas nos chances de trouver à temps un nouvel abris pour les chauve-souris.

 

On avait garé le corbillard assez loin, au début d'un chemin forestier, à un endroit où il y avait assez de place pour lui et d'où il n'attirerait pas trop le regard. A l'aller, j'avais raconté à Sarah que j'avais trouvé une photo de mon grand-père dans les papiers de Penac, que je la lui montrerai. Au retour, on a parlé de choses et d'autres, on voulait faire une petite fête à la maison pour qu'elle rencontre Sam et ses enfants, et aussi sa nouvelle petite amie avec ses enfants à elle; ça pourrait être un moment sympa. Bien entendu, l'idée venait de Sarah, je crois pas avoir jamais eu plus d'un invité chez moi. D'ailleurs, elle avait dit « à la maison » comme si c'était aussi la sienne et c'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

 

Et puis d'un coup, elle a dit « ça sera l'occasion de fêter mon départ. » « Tu t'en vas? » je m'étais arrêté net et j'avais parlé plus fort que j'aurais voulu. Elle partait où? Et quand est-ce qu'elle avait parlé d'un départ? Elle a ri et elle a dit: « allez Vassia, tu sais bien, ça fait longtemps que je t'en parle. C'est un échange poste pour poste, tu sais, avec un Parc Naturel entre la Russie et la Finlande. Je t'en ai parlé plusieurs fois mais tu fais celui qui n'écoute pas. » Elle avait l'air à la fois désolé et un peu en colère. Elle avait raison, ça me disait bien un peu quelque chose ce truc là, mais j'avais toujours cru que c'était pour dans longtemps, je voyais pas arriver ça tout de suite. Il est bien possible aussi que j'ai cru que ce n'était qu'une idée en l'air et qu'elle partirait jamais, j'avais pas compris qu'elle avait fait des démarches, signé des papiers pour partir loin de moi. Elle a continué, en posant sa main sur ma joue: « je serai pas absente longtemps tu sais, c'est seulement deux semaines, je serai de retour avant Noël. » Alors j'ai dit: « mais pourquoi y aller maintenant, justement? Tu vas avoir froid là-bas. » Elle s'est remise à rire et elle s'est serrée contre moi sans répondre. On est restés comme ça un moment et puis on s'est remis à marcher sur le chemin. Je lui sortais tous mes arguments pour pas qu'elle parte et à chaque fois, ça la faisait rire. Du coup, au début j'étais sincère, je lui disais: « j'aurais voulu que tu viennes chercher ma voiture avec moi, on aurait eu l'air d'un couple heureux qui s'installe ensemble » ou « j'aurais voulu que tu m'aides à choisir un cadeau de Noël pour le p'tit gars des voisins » et puis au bout d'un moment, j'ai inventé des arguments pour la faire rire, des trucs idiots, et on riait tous les deux comme des gamins, enfin surtout elle, parce que moi, j'en menais pas large à l'intérieur. Mais pour l'instant elle était là et elle avait pris ma main, et en marchant sur le chemin, je sentais parfois son sein effleurer mon bras.

 

Quand on est arrivés au corbillard, elle m'a emmené près des portes à l'arrière; elle a passé ses bras autour de ma taille et elle a appuyé tout doucement pour que je me colle à elle. On s'est embrassés à pleine bouche, ses lèvres étaient douces, sa langue était brûlante dans l'air frais du matin, brûlante et toute mouillée. Je me suis dit que ça devait être pareil entre ses cuisses et j'ai glissé mes mains sous son pull.

 

Ça s'est fini à l'arrière du corbillard, près du caisson de conservation. Elle a posé son pantalon, ses chaussettes et sa culotte et elle s'est mise à genou pour faire passer son pull par dessus sa tête. Quand elle a décroché son soutien-gorge, ses seins ont ondulé tout doucement et elle m'a regardé en riant. J'avais fait seulement glissé mes affaires jusqu'à mes genoux, j'étais trop occupé à la regarder. Je me suis collé à elle, elle était toujours à genoux et moi aussi. J'ai glissé un doigt en elle en embrassant sa bouche. Son corps a eu comme un sursaut et elle a gémi à mon oreille. Puis elle a repoussé ma main et elle s'est allongée sur la tapis en m'emportant avec elle, les bras passés autour de moi. Je l'ai pénétrée comme ça, en l'embrassant; le sol était pas très confortable mais on s'en foutait, j'étais très profond en elle et je crois bien qu'elle aimait ça. J'ai pas cherché à me retenir, c'est allé plutôt vite mais c'est pas ça qui comptait, on est restés collés super longtemps après ça, jusqu'au moment où elle a dit « Vassia, j'ai froid » et où je l'ai laissée s'échapper pour enfiler ses affaires. Autour de nous devaient flotter dans l'air des micro particules de fleurs coupées, des lys, des roses et des pensées, de petits atomes de couronnes mortuaires et de bouquets.

 

 

- 46 -

 

J'ai appelé Sam ce soir là et je lui ai dit pour l'invitation de Sarah. Parce que c'était bien la sienne, elle y tenait; elle avait dit qu'elle viendrait avec de quoi faire à manger, elle ferait une recette à elle, un truc qu'elle savait bien faire et qui ferait plaisir à tout le monde. Sam était ravi, ça faisait vraiment un bail qu'on s'était pas vus, seulement parlé au téléphone de temps à autre. Je l'avais appelé quand j'avais appris la port de Penac et je lui avait annoncé que j'héritais de la maison. Au début, il avait cru que je le faisais marcher et quand il a compris que j'étais sérieux il a dit: « compte pas sur moi pour les travaux, j'ai plus le temps pour ça, mon vieux » mais je l'ai tout de suite rassuré: la maison serait bientôt en vente, j'avais pas l'intention de retaper toutes les maisons du village.

 

J'avais à peine raccroché que le téléphone sonnait. C'était un type qui voulait des renseignements sur le corbillard. Je lui ai dit ce que je pouvais, des trucs techniques qu'on m'avait dit aussi à l'époque. Il voulait venir le voir, j'ai dit: « quand vous voulez. Venez un jour entre midi et deux, je ferai en sorte de rentrer manger chez moi et ce sera mieux pour vous en pleine lumière. » ça lui allait, il a dit qu'il viendrait le lendemain. Il avait l'air pressé. Il m'a raconté qu'il traversait une sorte de crise mystique, il pensait que c'était à cause de son âge, il allait avoir cinquante ans dans quelques mois. Il pensait qu'il devait approcher la mort et que conduire un corbillard, ce serait idéal. J'ai tout de suite pensé que ce type était un crétin mais après tout, qu'est-ce que ça pouvait faire?

 

Je me suis rendu compte à ce moment là que le lendemain, ce serait le premier jour de décembre. Noël, les lumières dans la ville et aux fenêtres des maisons, la neige peut-être, si on avait de la chance, le départ puis le retour de Sarah, et la mort de ma mère.

 

Je suis allé prendre la chaussure dans le salon et j'ai commencé à allumer un feu dans la cheminée, quelques bûches en dessous, puis la chaussure à semelle de bois, ce serait une belle flambée. Je me suis fait un truc vite fait dans la cuisine et je suis revenu au salon pour manger. Le feu noircissait le cuir de la chaussure et quand tout a brûlé, je suis allé chercher les papiers,. J'ai même pris la photo de la femme, je savais pas quoi en faire. J'aurais voulu mettre cette photo sur la tombe de Penac, une idée qui m'était venue pendant la nuit. Mais au réveil, ça m'avait semblé un peu cucul, et puis cette femme était peut-être du village, elle avait sans doute mené ici une vie dans laquelle il n'avait pas tenu le premier rôle, ça pourrait choquer des gens. J'ai tout pris en tas dans mes mains et je suis allé jusqu'à la cheminée. J'ai tenu les papiers un par un au dessus des flammes et je les ai regardés s'embraser puis tomber en cendres. Certains prenaient feu d'un coup et flambaient comme une torche, d'autres mettaient plus de temps, se consumaient peu à peu, se tordaient dans les flammes puis brûlaient lentement. Les couleurs des photos changeaient sous la chaleur et les visages grimaçaient avant de noircir et disparaître.

 

A ce moment là, il ne me restait plus de Penac que l'image floue d'une silhouette qui s'enfuit.

 

 


 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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R
<br /> <br /> Oui, on dit aussi post-coïtum anima triste, c'est comme ça qu'on dit et qu'on lit aussi ce chapitre.<br /> <br /> <br /> Bon. Maintenant les enfants c'est l'heure d'aller au lit.<br /> <br /> <br /> Allez, allez.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> superbe. Sauvage, joyeux, et triste un peu aussi . Je ne saurais pas expliquer, c'est ce qui me vient à chaud . <br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Vassia va mieux, c'est indéniable ! Et là, je me demande si l'histoire touche à sa fin ou si nous aurons de nouveaux rebondissements, ou des explications concernant cet enfant "ange gardien", ou<br /> des révélations sur la chaussure partie en fumée avec Penac et ses papiers... Tu nous as gâté(e)s avec ces nouveaux épisodes, quel plaisir, merci ! Bon week-end, bises et à bientôt...<br /> <br /> <br /> <br />
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