Vassia - le roi (39 et 40)

Publié le 25 Décembre 2010

 

- 39- 

J'ai bien aimé ces moments là, quand je pouvais enfin être là. J'aurais aimé que ça ne finisse pas. Mais c'est impossible de garder quoi que ce soit, tout passe et tout s'en va. C'est pour tout le monde pareil et même pour moi: même pour les fantômes c'est comme ça.


- 40 -

J'ai convenu d'un rendez-vous avec le notaire et j'ai fait ce qu'il y avait à faire, les papiers, les signatures, les déclarations. Je voulais pas me précipiter pour la vendre, cette maison; je voulais d'abord prendre le temps de l'inspecter un peu, et avant même de penser à la vider, je voulais y aller, visiter, fouiner, voir ce qu'il y avait de Penac là dedans, partir sur ses traces.

 

J'ai attendu le week-end et j'y suis allé. Tout seul. Sarah avait des trucs à faire, des courses en ville, et passer chez ses parents aussi. Elle était proche d'eux, et puis ils étaient vieux, ils l'avaient eue sur le tard, longtemps après son frère. Alors elle s'occupait d'eux un peu quand elle pouvait, leur rapportait des trucs du supermarché, passait un moment à discuter. Elle me rejoindrait le soir, j'avais promis de rien toucher, rien déplacer. Le gros du travail, on le ferait ensemble le dimanche.

 

Il faisait froid à l'intérieur de la maison. J'ai allumé les radiateurs et ça s'est mis à sentir la poussière brulée. Penac avait pas du rallumer le chauffage cette année, il avait pas dû avoir chaud les derniers temps. J'entendais à la cuisine le tic-tac de la pendule qui marchait encore, mais à part ça, la maison était complètement silencieuse. J'ai fait le tour des pièces, au rez-de-chaussée d'abord et ensuite à l'étage. Dans les deux chambres du bas, celle où on avait dormi avec Sam et une autre, plus petite, qui donnait sur la cour à l'arrière, il y avait le même bazar: les appareils électroménagers empilés les uns sur les autres, les mêmes frigos, télés, cafetières, machines à laver. Ça paraissait fou d'ailleurs qu'il ait pu avoir autant de frigos à lui tout seul. Et les machines à laver: combien en a-t-on dans une vie? Il avait du se faire donner ceux des autres pour arriver à en avoir autant, il y en avait bien une douzaine dans la maison, j'avais jamais vu ça.

 

Je voulais juste faire un tour des pièces vite fait mais en quittant la deuxième chambre, j'ai entendu l'un des frigos se déclencher et je me suis rendu compte qu'il marchait. Est-ce que c'était le cas de tous? Du coup, je suis revenu dans la pièce et j'ai ouvert chaque frigo pour voir. En fait, ils étaient tous en marche. Mais le plus étrange dans tout ça, c'est qu'ils étaient pleins. Pas de jambon en tranche ou de yaourts aux fruits, il n'y avait pas de bouffe dans ces frigos là, seulement des choses diverses que j'avais pas le temps de regarder tout de suite, pas mal de paperasse en fait, des articles de journaux et des photos, des cahiers et des bouquins. Avec Sam, on avait dormi à côté de tout ça et on avait même pas pensé à ouvrir la porte d'un des frigos, on avait pensé qu'ils marchaient pas et dans l'état où on était, on les avait pas entendus se déclencher.

 

Je suis monté à l'étage, il n'y avait que deux portes sur le palier: celle de sa chambre et celle de la salle de bain. La salle de bain était presque vide, sur l'évier trainait juste un gant tout raide et une brosse à dent. J'ai ouvert les portes de la petite armoire à pharmacie et je suis ressorti pour aller dans la chambre.

 

Je m'étais attendu à la trouver en vrac mais c'était comme s'il avait eu le temps de ranger avant de passer l'arme à gauche. Tout était nickel, bien propre et bien bordé. C'était une chambre coquette avec des tons chauds, des marrons et des rouges sombres, et des matières douces, de la laine et du velours, une moquette au sol, épaisse, moelleuse. Je m'y serais bien étendu et Sarah m'aurait cherché le soir; peut-être qu'elle aurait eu l'idée de venir jusqu'ici et qu'elle m'aurait trouvé recroquevillé et endormi, comme Boucle d'or chez les trois ours.

 

Je suis redescendu et je me suis mis à des tâches moins sympas mais qu'il fallait bien faire un jour. J'ai ouvert le frigo, celui dont il se servait vraiment, comme tout le monde, dans sa cuisine, et j'ai jeté dans un sac poubelle tout ce qu'il y avait dedans: un bout de fromage ratatiné, du jambon presque vert et des légumes flétris. Sous son cellophane, le poulet avait l'ait plutôt bien, mais je devinais sous le film l'odeur aigre-douce de la chaire pourrie. J'ai trié les placards ensuite, jetant ce qui était ouvert et entamé, mettant de côté les boîtes qui pouvaient se manger. Quand le sac a été plein, je l'ai fermé en nouant les anses en plastique et je suis allé dans la cour à l'arrière pour le jeter dans le bac à ordures.

 

C'était une cour de terre battue, pas bien grande et presque carrée, avec tout au fond un petit arbre noueux et penché, un pommier tellement vieux qu'il ne devait plus beaucoup donner. Penac avait aménagé des parterres dans lesquels poussaient sans doute des fleurs au printemps et qui étaient remplis de feuilles mortes. Sur la droite, il y avait un appentis en bois, joliment peint en bleu il y a longtemps: aujourd'hui, la peinture était passée et s'écaillait par endroit, laissant à nu la planche grise. Je me disais que le bac était sûrement à l'intérieur et j'allais ouvrir la porte quand j'ai entendu du bruit dans la maison, le claquement d'une porte et des pas dans l'escalier. Il était trop tôt pour que ce soit Sarah et j'ai commencé à flipper. Quand la porte de la cour s'est ouverte à la volée, je n'étais pas très sûr de ne pas voir apparaître le fantôme du vieux Penac, sa grande carcasse maigre et son regard blanc. Mais à la place, c'était le gamin qui était là, souriant d'un air malin, un œil fermé à cause du soleil, et criant: « ah, ah, je t'ai fait peur, hein! ». J'ai à peine eu le temps de dire quoi que ce soit, même pas de me demander ce qu'il foutait là et pourquoi il était pas chez lui avec ses parents, qu'il avait déjà traversé la cour, s'était planté dans le coin au fond et regardait quelque chose par terre. En m'avançant, je l'ai entendu dire : « oh, non... ». Derrière l'appentis, Penac avait aménagé un coin grillagé où il élevait trois poules, trois tristes poulettes qui gisaient sur le flanc, le regard fixe et brouillé. Merde alors. J'avais pas pensé à ça. Et pourtant, c'était tout à fait son genre, au vieux Penac, d'avoir des poules dans sa cour, pour lui donner des œufs bien frais et le réveiller aux aurores. Je détestais les poules. Mais c'est pas pour ça que je les aurais laisser crever. J'aurais trouvé le moyen de venir leur filer à bouffer avant de les donner à quelqu'un. Sam avait souvent parlé d'avoir des poules chez lui, dans son jardin. Ça aurait été l'occasion, tiens. Au lieu de ça, il allait falloir se débarrasser des trois cadavres vite fait, j'étais pas enchanté.

 

J'ai jeté le sac dans l'appentis – le bac était bien là, contre le mur – et je suis retourné dans la cuisine prendre un autre sac poubelle. Quand je suis revenu dans la cour, le gamin avait ouvert la porte de l'enclos et il caressait une poule du plat de la main. J'ai dit: « touche pas à ça, c'est sale ». Il m'a regardé d'un air surpris et il a dit: « elle est toute douce, la poule. » J'ai dit « oui, ben, douce ou pas, on va la mettre à la poubelle et toi, tu vas aller te laver les mains. Allez oust, dépêche toi. » Il est reparti en courant et j'ai mis les trois poules dans le sac en plastique. Dans la petite cahute que Penac leur avait fabriquée avec des planches, il y avait quatre ou cinq œufs qui trainaient, je les ai mis par dessus et j'ai tout refermé.

 

J'ai retrouvé le gamin dans la cuisine. Il s'était lavé les mains et m'attendait assis sur une chaise. Je l'avais rarement vu aussi calme. Ça a pas duré, il a commencé à balancer ses jambes d'avant en arrière - ses pieds ne touchaient même pas le sol et je me suis revu enfant, quand assis sur une chaise mes pieds ne touchaient pas encore par terre, j'avais quel âge alors? - et il a dit: « on va faire un foot? ». J'ai regardé l'heure, il était encore tôt, Sarah serait pas là avant au moins deux heures et la nuit idem. J'ai dit « ok, on fait un foot dans mon jardin, mais vite fait, ma chérie va arriver. » Il a rigolé et il a sauté de sa chaise.

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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C
<br /> <br /> Ah la laaaaa !!!!! Je n'ai cessé de me demander ce que Vassia allait faire comme découverte incroyable chez Penac, du genre lettres d'amour, photos révélatrices, etc... et paf ! je reste en<br /> suspens sur une histoire de jeu de balle... Dur, dur... Bon, on va attendre l'arrivée de Sarah... Patience et longueur de temps, tu connais la suite, n'est-ce-pas ? Bises, à bientôt...<br /> <br /> <br /> <br />
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