Vassia - le roi (34)

Publié le 29 Novembre 2010

Au milieu de la semaine, j'ai du aller chercher du matériel en ville. D'habitude, j'aimais pas trop ça mais ce jour là, je me suis dit que je pourrais y aller en fin de matinée et du coup, passer manger à la maison vite fait, et boire un café avant de revenir au boulot.

 

Il pleuvait, une fine pluie froide qui faisait de la bouillie avec les feuilles, une pluie toute grise qui nous emmenait plus profond dans l'automne et nous glaçait les os. J'ai bu mon café en la regardant tomber par la fenêtre; j'ai pensé à ma mère, le genre de pensée qu'on a seul par un temps de pluie, alors que la maison devient froide et peu à peu s'assombrit. Ça a réveillé ma boule dans le ventre, j'ai pris un médoc et je suis reparti pour le travail, j'étais pas en avance mais c'était pas très grave, je sortirai plus tard et on parlerait plus.

 

Je me suis arrêté au stop à la sortie du village et j'ai laissé passé le camion qui arrivait par la gauche. C'est là que j'ai vu que c'était un corbillard, un vrai avec un mort dedans. Je l'ai suivi, il allait pas bien vite, j'apercevais quelques pots de fleur à l'intérieur, pas grand chose pour tout dire. J'avais presque oublié que je roulais en corbillard moi aussi et quand j'y ai pensé, je me suis dit qu'on devait faire un sacré spectacle tous les deux; j'avais hâte de dépasser le cimetière, de le laisser se garer près du portail et d'accélérer sur la route. Devant, il y avait un petit attroupement, que des vieux du village, une poignée en tout et pour tout; parmi eux, il m'a semblé reconnaître une dame qui était venue à l'enterrement de ma mère. Est-ce que c'était possible? J'ai aussi eu le temps de voir que Penac n'était pas là, il devait pas porter le mort dans son cœur. Il faudrait que je lui demande qui c'était, comme ça, par curiosité. Maintenant que j'habitais là, il fallait bien que je m'intéresse un peu à la vie du village.

 

Comment j'aurais pu savoir que c'était justement lui qu'on emportait dans sa tombe? Que c'était lui qui avait mérité si peu de fleurs et même pas les miennes, que c'était lui que j'avais malgré moi escorté sur le trajet, triste cortège dans mon corbillard désaffecté? Je l'ai appris plus tard, un ou deux jours après, quand Suzanne est venue à la maison. C'était même pour ça qu'elle était venue, ou en tout cas c'était le prétexte pour passer et me parler du reste. Le vieux Penac était mort le soir où j'étais allé chez lui. Je le revoyais me parler de sa vie, je me suis demandé s'il l'avait senti, si on sent vraiment ces choses là.

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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C
<br /> <br /> Pauvre Vassia, largué, replié sur lui même, enfoncé dans sa dépression au point de ne pas entendre la "philosophie" du pépé, de ne pas comprendre ce signe du destin qui lui fait suivre le convoi<br /> funéraire, à son corps défendant, presque... Je me demande ce qui va lui amener un mieux-être, à défaut de bien-être, pauvre, pauvre Vassia tout perdu dans cette vie dont il ne semble pas avoir<br /> la maîtrise... Un épisode qui me va droit au coeur, aujourd'hui tout particulièrement (je viens de perdre une Huguette fascinante que je n'ai jamais osé aborder tant elle me semblait fragile, à<br /> qui j'avais sans le vouloir redonné le goût du crochet, à qui j'adressais parfois un timide sourire, de loin... Mon coeur pleure, comme celui de Vassia, peut-être) C'est rare quand un épisode de<br /> cette histoire ne fait pas référence à quelque chose que j'ai vécu, rêvé, attendu, ressenti... Vraiment, je suis fascinée... Merci à toi pour ces nouveaux chapitres, bises, à bientôt...<br /> <br /> <br /> <br />
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