Vassia - le roi (30)

Publié le 1 Novembre 2010

Je lui ai pas demandé un autre arrêt de travail et il m'en a pas donné, j'allais devoir apprendre à vivre avec l'angoisse. J'étais prêt à reprendre le boulot et j'en avais envie, ça me manquait maintenant. Surtout qu'entre les vacances et le congé maladie, ça faisait un bail que j'y étais pas retourné.

 

La veille de reprendre, j'ai fait un détour par chez Penac pour discuter un moment; je lui ai annoncé la venue des locataires, c'était pour dans un mois, un peu moins maintenant. Il avait l'air crevé le vieux Penac, il avait pas la pêche. Il m'a servi un apéro mais j'ai fait semblant de le boire en laissant mes lèvres au bord du verre, j'avais pas l'intention d'être saoul, même pas un peu. Lui, il a tout bu, il s'en est même resservi un verre, peut-être même deux, je me souviens plus très bien. Toujours est-il qu'en discutant, je le voyais s'enfoncer dans la tristesse. A un moment, il a commencé à parler de l'âge et du fait qu'il était à la fin de sa vie. Il était vieux et fatigué, et seul aussi, ce qui arrangeait rien. Il m'a dit: « je voudrais tellement vivre encore quelques années; j'ai pas eu de gamin, tu vois, mais je voudrais bien voir les tiens; parce que faut pas que tu fasses comme moi, hein bonhomme; des gamins, faut que tu en aies, un au moins, pour lui transmettre ce que tu sais, ce que tu es, enfin, je sais pas trop, mais j'aurais aimé ça moi, ça oui, j'aurais bien aimé. » Ses yeux se sont mouillés et ses cils se sont collés par paquets, je voyais les efforts qu'il faisait pour pas pleurer et je regardais les reflets de la lampe dans mon verre de vin.

 

Je l'ai quitté un peu après, je pouvais pas faire grand chose pour lui; je pouvais pas être le fils ou le petit fils qu'il n'avait pas eus, ça s'improvise pas. J'aurais peut-être pu rester un peu, parler encore un moment avec lui mais c'est facile de dire ça maintenant. Parce qu'au fond, qu'est-ce que ça aurait changé? 

Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

Commenter cet article
C
<br /> <br /> Pôvre petit Penac ! (comme on dirait chez nous...) Ah, si Vassia avait moins de mal à ouvrir son coeur, quel joli duo avec ce petit vieux sympathique et touchant... Bon, tout n'est pas perdu,<br /> peut-être ? Merci pour ce nouvel épisode, bises et à bientôt...<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />
Répondre