Vassia - le roi (15)

Publié le 20 Août 2010

J’étais pas descendu pour avoir des réponses. Parce que les réponses, on les avait. Si j’étais descendu, c’était pour essayer de me rendre compte. Mais c’était pas possible, avec le sol et les murs tout nets, et Sam qui disait : « Bon, tu as vu ce que tu voulais voir ? » Pour ça, oui : dans cette cave, il n’y avait plus que de la terre battue et sinon rien, nada.

 Penac avait tout raconté : ma mère qui hurle du fond de la cave, mon grand-père qui court, qui cherche d’abord d’où vient le cri – il ne sait pas que sa grange abrite cet endroit souterrain ;  il finit par trouver la trappe ouverte, il dévale presque toutes les marches d’un coup, serre sa fille contre lui parce qu’il croit qu’elle a simplement pris peur dans le noir, il saisit la lampe, se retourne, et le voit. Ce qui est venu ensuite, ce sont les gendarmes, l’enquête et les soupçons, mais finalement rien. Le type a été identifié comme étant du village, on ne l’avait pas vu depuis plus de quinze ans et on le croyait simplement parti. Il avait peu de famille, seulement un neveu qui était venu faire un tour, parler avec quelques personnes dans le village, puis avait attendu dix ans pour faire reconnaître son droit à l’héritage et vendre la maison. Quand ma mère avait trouvé le cadavre de cet homme, cela faisait plusieurs années déjà qu’une famille habitait chez lui, une famille avec deux enfants, deux filles qui toutes les deux allaient à l’école avec elle.

Par contre, pas de coupable, pas de mobile ni d’arme du crime, rien qui puisse faire penser aux romans noirs ou qui puisse satisfaire les fantasmes populaires. La seule chose qu’on avait pu établir, c’est que le gars avait été amené ici après sa mort ; pour le reste, on n’avait jamais su ni comment ni par qui il avait été tué. D’après Penac, l’ambiance du village en avait été changée et les médisances étaient allées bon train ; finalement, on avait entendu dire ici ou là que si c’était pour en arriver là, la gamine aurait mieux fait de se casser une jambe que d’aller fourrer son nez  où il ne fallait pas. 

Malgré les vapeurs d’alcool, Sam avait gardé un peu de sa rigueur et il avait commencé à avancer des arguments logiques. Il avait lancé: « Vous savez qu’avec les méthodes d’aujourd’hui, on peut trouver des preuves là où n’en trouvait pas avant ? Si quelqu’un s’avisait à rouvrir cette enquête, là, maintenant, je vous parie qu’il met la main sur le coupable. » Mais Penac avait coupé court en fixant sur Sam un regard perçant malgré l’épaisseur de sa cataracte : « Hé, dis donc gamin, me dis pas que tu veux me déterrer un mort qu’a mis plus de quinze ans à être enterré ?! Les morts mon p’tit, faut pas trop les embêter

En rentrant de la grange, on a quand même réussi à travailler, à croire que ce petit tour sous la terre nous avait redonné des forces. Et puis Sam est rentré chez lui, j’ai mangé un truc vite fait que j’ai fait cuire sur les plaques et j’ai attendu que le soir tombe. J’ai mis de la musique et j’ai  sorti ma chaise sur le perron, en laissant la porte ouverte pour entendre. J’ai passé le reste de la soirée comme ça, en me balançant en arrière sur les pieds de ma chaise et à scruter le ciel en pensant à des trucs. La lune était déjà assez haute, presque pleine aussi. Elle parvenait même à éclairer la nuit et on aurait dit que le soleil allait se lever bientôt, apparaître en plein milieu de la nuit au dessus des collines. En regardant la lune, j’ai repensé d’un coup au grain de beauté que ma mère avait sur le front, pas complètement au milieu, comme un bindi qu’on aurait légèrement décalé. Ma mère portait les cheveux longs, attachés en un chignon serré, ou une queue de cheval quand elle était plus jeune. Et ce truc sur son front, ça lui donnait une sacrée allure, une sorte de noblesse. Quand j’étais gamin, je m’amusais à fixer  mon regard dessus quand elle me parlait ou quand elle me racontait une histoire ; je le regardais danser selon les expressions de son visage et ça me faisait rigoler. J’avais fait embaumer le corps de ma mère, enfin, c’est plutôt ce qu’on appelle les soins de conservation, faut pas vous imaginer Toutankhamon. Mais si j’ouvrais sa tombe aujourd’hui et si je soulevais le couvercle en bois, retrouverais-je encore ce grain de beauté sur sa peau ? Combien de temps ça met, ce genre de chose, pour disparaître ?

Quand la nuit a été là, j’ai rangé ma chaise et fermé la porte mais j’ai emporté le poste dans ma chambre et je l’ai laissé tourner en m’endormant.

 

 


 


Rédigé par Marie Alster

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R
<br /> <br /> Ah je ne sais pas combien ça met à disparaître mais je suis d'accord pour le temps qu'il faudra. Savoir qu'on va savoir, c'est déjà merveilleux alors après le temps on s'en fout tu vois.<br /> Décidément, le vieux me plaît <br /> <br /> <br /> <br />
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C
<br /> <br /> Penac et son histoire nous met Vassia dans un drôle d'état, mine de rien ! Je souris pourtant aux réflexions du vieux à propos des morts : il a raison, faut pas les embêter et surtout celui-là,<br /> son âme cherche peut-être encore le repos... Et le "3ème oeil" de la Maman, ça ne s'invente pas, un truc pareil, ma soeur a le même ! Ah, on l'aime, ton histoire, ma chère, on attend sagement la suite, car il faut la mériter, non ? Steeve se sentira-t'il inspiré pour une illustration ou deux ? Oh, j'en demande beaucoup, j'exagère... Bon<br /> week-end chez vous, bonne dégustation des légumes du jardin qui doivent être à point... ahhhh, les tomates, quel régal, n'est-ce-pas ? Bises, à bientôt...<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Les tomates du jardin, on en est fous! Même qu'on snobe celle du supermarket depuis... en plus, la récolte est généreuse, c'est un vrai régal! <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> <br />