Vassia - le roi (32 - 33)

Publié le 27 Novembre 2010

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J'ai mis la radio pour écouter les infos, ils passaient ma chanson: Bruxelles. Au début j'étais content, je sifflotais au volant, la journée démarrait bien, le retour au travail se faisait sous de chouettes auspices; et puis finalement, je me suis dit: « pov vieux, j'espère qu'il est pas mort », ça m'avait fait tilt d'un coup, c'était pas normal qu'ils passent de la musique à cette heure là. Mais après cette chanson, il y en a eu d'autres, tous les styles y sont passés. C'était une journée de grève, une intersyndicale, et les techniciens des ondes publiques s'étaient joints au mouvement; pas de nouvelles du monde donc mais de la musique à la place, c'était plutôt bien.

 

Quand je suis arrivé, il y avait pas mal de places sur le parking et ça se battait pas non plus au café. Y avait pas mal de grévistes, c'était tout moi ça, revenir au boulot un jour de grève. Et puis, j'avais pas suivi cette histoire, je connaissais même pas les revendications, les raisons de la grogne. Je pouvais pas demander, je serais passé pour quoi? Au mieux, on aurait dit que c'était pas étonnant, que j'étais toujours à côté de la plaque; et au pire, on m'aurait pris pour un renégat. Mais au bout du compte, ça m'a rendu les choses plus faciles, j'ai fait un retour discret, tout en douceur. Le peu de monde qui y avait a pas bronché, ils ont même été plutôt sympas, ils ont fait comme si de rien n'était; il y en a un qui m'a dit « content de te revoir » en me tapant dans le dos. Mais sans insister non plus, juste en passant. Je me suis servi un café, le gars à qui j'avais mis une pêche est arrivé à ce moment là. J'ai pris une autre tasse et je lui ai versé du café. Il avait été sympa, ou en tout cas moins con que la plupart des gens peut l'être aujourd'hui: il avait pas porté plainte, rien. Il a pris sa tasse et je lui ai dit: « désolé,hein » en montrant sa joue d'un signe du menton. Il a dit: « c'est bon, y a pas mort d'homme. » Il s'est quand même pas attardé, on avait jamais été potes tous les deux, c'est pas maintenant qu'on allait le devenir.

 

J'ai pris ma tasse et je suis monté dans mon bureau, j'ai allumé l'ordinateur: j'avais plus de cent mails à lire. J'avais voulu couper complètement, ça avait été le conseil du psy aussi. Il allait falloir que je rattrape tout ça. Ça me barbait un peu, j'aurais préféré aller sur le terrain, voir si tout allait bien. J'ai ouvert les messages un par un et j'ai fait en sorte de répondre dans l'ordre aux questions qui m'étaient posées. Dehors, il faisait un temps de chiottes, brouillard et compagnie. Et tout la journée est passée comme ça, pire que la routine.

 

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Au Parc, on a tous une zone d'activité, la plupart du temps c'est géographique; quelques uns sont spécialisés dans un domaine particulier, mais ils sont pas nombreux; les autres sont responsables d'un secteur. Pour moi, c'est comme ça: je suis responsable de la gestion du site de l'impluvium. Pas tout, seulement de la zone sud, celle des cheires et des volcans. « Seulement » entre guillemets, parce que ça fait un sacré boulot. C'est le collègue de la zone nord qui est venu pendant mon absence, mais de temps en temps seulement, il avait assez à faire dans son secteur, avec les gorges et les ruisseaux. Il a juste vérifié qu'il n'y avait pas d'urgence; pour le reste, la nature est restée livrée à elle même. J'avais pas fini de traiter les messages mais j'ai pas résisté: je suis allé passer la matinée dehors, j'en avais besoin. J'ai pas eu à passer par le bureau, j'avais prévenu la veille. La secrétaire était pas là, j'ai laissé un mot. Faut dire que mon secteur est plus près de chez moi, alors la plupart du temps, je fais pas un détour par la Maison du Parc, je vais directement sur place avec ma voiture. J'avais juste un regret ce matin là, c'était Sarah. Sarah serait au café, peut-être qu'elle s'attendait à me voir. Mais je me suis dit que si ça se trouve, c'était mieux comme ça, ne pas toujours être là où elle s'attend à me voir. Et j'ai pris la route des Puys pour arriver juste au lever du soleil.

 

Il s'était passé du temps depuis que j'avais arpenté les chemins; surtout, l'été était passé par là, et avec lui, les randonneurs, les touristes. Il allait falloir regarder ça de plus près, voir ce qui avait été abimé, peut-être aménager un seul chemin et fermer les autres. Ça faisait longtemps que j'y pensais. Mais jusque là, ça tenait bon an mal an, on avait pas des touristes à gogo. C'était en train d'évoluer ça aussi: les gens du nord surtout, les allemands, les belges, commençaient à affluer à partir du mois de Juin. Ça leur plaisait le côté écolo, vacances au grand air, proximité des volcans. C'était sans doute bien au fond, il fallait pas aller contre ça; en tout cas, je faisais pas partie de ceux qui voulaient garder leur beau pays pour eux. Je trouvais ça chouette de voir des gens s'extasier au détour des chemins. Seulement, il fallait faire en sorte que ça ait pas trop de conséquences sur la nature, la qualité des sols, l'équilibre de la faune. Et ça, c'était mon boulot.

 

Je m'étais emmené un sandwich, je l'ai mangé en haut, assis sur une pierre. Il faisait pas bien meilleur que la veille, mais j'avais l'habitude d'être dehors pas tous les temps. Quand je suis redescendu par le PR, j'ai aperçu mon corbillard de loin et je me suis senti bizarre. C'était la première fois que sa vue me gênait, que je trouvais qu'il faisait tâche. J'ai roulé jusqu'au bureau en me disant que l'heure était venue de le changer, de le vendre et m'acheter une voiture sympa, plus gaie en tout cas, sans caisson à l'arrière, sans charge d'âmes.

 

Sarah était là, elle avait une réunion. Je l'ai vue depuis le chemin qui va du parking aux bureaux, elle était face aux vitres, elle parlait avec des types que je voyais de dos et qui me disaient rien, des types en costume, l'air sérieux. Je me suis arrêté un moment, je l'ai regardée de dehors; elle a pas senti mon regard, elle a pas levé les yeux.

 

Elle est venue en fin d'après-midi, je m'apprêtais à partir. Elle est entrée, elle était essoufflée. Elle m'a dit: « T'étais pas là ce matin, j'ai cru que finalement, tu étais pas revenu. ». J'ai dit: « ben tu vois, me voilà. ». On a parlé un peu mais elle était pressée. Elle a dit: « dimanche, c'est bon? Je peux passer vers trois heures. » J'ai juste eu le temps de dire que oui, c'était bon, qu'elle descendait déjà les escaliers. J'avais pas réfléchi mais qu'est-ce que je pouvais bien avoir à faire de mieux? C'est là que je me suis rappelé que c'était l'anniversaire de ma mère ce jour là, pas l'anniversaire de sa mort, celui là viendrait aussi, et dans pas longtemps. Non, ce serait l'anniversaire de sa naissance, le premier qu'elle ne fêterait pas, et moi non plus d'ailleurs.

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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M
<br /> <br /> Vassia prend du corps non ? envie de reprendre la lecture du début . Bon week end (sous la neige ?!) Marie.<br /> <br /> <br /> <br />
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