à propos des fantômes
Publié le 18 Janvier 2010
Enfant, j'avais une peur bleue des fantômes et il était très
facile de me terroriser en me racontant des histoires de voix qu'on entend murmurer dans le noir, de lueur qu'on aperçoit derrière la fenêtre, ce dont mon frère ne se privait pas. Plus tard, à
l'adolescence, je fus confrontée à la fascination que ce genre de thème pouvait inspirer, et des photocopies de témoignages sur ces phénomènes inexpliqués circulaient au collège. Je ne voulais
bien entendu pas avouer que ces histoires me fichaient la trouille et une fois même, j'acceptai de les prendre en promettant de les lire; j'en lus le début en effet, une histoire à dormir debout
qui ne me quitta pas de sitôt. J'arrêtai là mes lectures mais par peur qu'il y ait la moindre chance que les fantômes existent et que mon mépris ne les froisse, je posai les feuilles sur mon
bureau bien en évidence et les laissai là des mois durant, ne les lisant jamais mais les surveillant du coin de l'oeil.
Bien des années plus tard, je vis 6° sens et Les autres, des films qui pourraient aujourd'hui encore m'empêcher de dormir si j'avais le malheur de revoir mentalement certaines scènes.
Il y eut aussi ce collègue, il y a quelques années, victime d'un grave accident; il était mort quelques minutes avant d'être réanimé; c'était une gueule cassée comme ceux de la grande guerre, le corps et le visage décousus et recousus de travers. Il avait la bouche pleine d'histoires d'énergies et des morts qui s'asseoient au bord de ton lit, il disait les sentir autour de nous. Mais j'étais adulte alors et on ne me la faisait plus. Je lui expliquai poliment que je ne mangeais pas de ce pain là et que pour ma santé mentale, je préférais ne pas entendre parler de ses histoires; en d'autres termes, vade retro satanas.
Mais aujourd'hui, à la lecture de certains livres, je découvre qu'il peut y avoir une autre façon d'envisager les choses et lorsque James Lee Burke nous décrit les fantômes des soldats confédérés marchant dans les brumes de Louisiane, quand R.J. Ellory parle des fantômes des petites filles mortes jouant dans la douceur du soir, je crois entrevoir des choses que je n'avais pas comprises avant: que croire aux fantômes, c'est seulement vouloir garder les morts, vivants, auprès de nous.
Alors, après que ma grand-mère ait échappé deux fois à la mort au milieu de l'automne, je me dis parfois que ce ne serait pas si mal, quand le moment sera venu, qu'elle ne me quitte pas tout à fait et que j'entende sa voix me dire ces choses qu'elle dit parfois, du fond de son lit de gériatrie, ces choses toutes simples qui me font tant de chagrin, comme lorsque la neige recouvre le balcon de sa chambre et qu'elle me dit "j'aimais tant courir dans la neige".
Bien des années plus tard, je vis 6° sens et Les autres, des films qui pourraient aujourd'hui encore m'empêcher de dormir si j'avais le malheur de revoir mentalement certaines scènes.
Il y eut aussi ce collègue, il y a quelques années, victime d'un grave accident; il était mort quelques minutes avant d'être réanimé; c'était une gueule cassée comme ceux de la grande guerre, le corps et le visage décousus et recousus de travers. Il avait la bouche pleine d'histoires d'énergies et des morts qui s'asseoient au bord de ton lit, il disait les sentir autour de nous. Mais j'étais adulte alors et on ne me la faisait plus. Je lui expliquai poliment que je ne mangeais pas de ce pain là et que pour ma santé mentale, je préférais ne pas entendre parler de ses histoires; en d'autres termes, vade retro satanas.
Mais aujourd'hui, à la lecture de certains livres, je découvre qu'il peut y avoir une autre façon d'envisager les choses et lorsque James Lee Burke nous décrit les fantômes des soldats confédérés marchant dans les brumes de Louisiane, quand R.J. Ellory parle des fantômes des petites filles mortes jouant dans la douceur du soir, je crois entrevoir des choses que je n'avais pas comprises avant: que croire aux fantômes, c'est seulement vouloir garder les morts, vivants, auprès de nous.
Alors, après que ma grand-mère ait échappé deux fois à la mort au milieu de l'automne, je me dis parfois que ce ne serait pas si mal, quand le moment sera venu, qu'elle ne me quitte pas tout à fait et que j'entende sa voix me dire ces choses qu'elle dit parfois, du fond de son lit de gériatrie, ces choses toutes simples qui me font tant de chagrin, comme lorsque la neige recouvre le balcon de sa chambre et qu'elle me dit "j'aimais tant courir dans la neige".
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