Diptyque saison 4 session 2
Publié le 28 Septembre 2008

Il était une fois un petit homme qui voulait faire le tour des meilleurs restaurants du pays. Il était toujours vêtu d’un manteau gris trop grand pour lui qui lui couvrait la moitié des mains et d’un chapeau de la même couleur qui ne laissait voir de son visage qu’un long nez et une bouche toute fine. De restaurant en restaurant, il portait sous son bras gauche un grand cahier à couverture de cuir dont il ne se séparait jamais, pas même en mangeant. Assis devant les meilleurs plats du monde, il appuyait son cahier contre le pied de la table et mettait sa jambe de biais jusqu’à pouvoir poser le bout de sa chaussure contre la couverture de cuir. Ainsi, le risque qu’on ne lui dérobât son cher cahier était à peu près nul .
Vous l’avez peut-être vu, vous l’avez croisé sans doute, petit homme pressé sur le quai de la gare, une valise noire d’un côté et le cahier de l’autre. Pourtant, les rares témoins qui se souviennent de lui aujourd’hui sont les serveurs des restaurants. Ils se rappellent un homme timide qu’ils prenaient toujours pour un critique gastronomique envoyé incognito. Mais leurs soupçons s’évanouissaient lorsqu’une fois le dîner terminé, il s’approchait distrètement et leur demandait de sa voix haut perchée: « Le chef aurait-il l’extrême amabilité de signer mon livre d’or ? ». Puis il demandait s’il pouvait emporter une carte du restaurant, ce qui lui était à chaque fois accordé au vu du prix exhorbitant qu’il venait de déposer en espèce sur le comptoir. Il refermait alors son cahier, le glissait sous son bras et posait une main sur son cœur en guise de salut avant de tourner les talons. Il alla ainsi du Nord au Sud puis de ville côtière en ville d’eaux, traînant sa valise qui s’allégeait au fil des jours et son cahier qui était de plus en plus lourd.
Un jour, alors qu’il déjeûnait dans un célèbre restaurant au bord de l’océan, le trentième exactement de son périple, et
qu’il goûtait cette fois un bel exemple de cuisine moléculaire, le serveur le vit se lever de table, poser à côté de son assiette le cahier qu’il avait ramassé, et se diriger vers la porte. Il
n’y avait pas grand monde ce jour-là et le serveur avait peut-être peu dormi ou bien était-il particulièrement sensible à la torpeur du début d’après-midi. En tout cas, il ne prêta pas beaucoup
d’attention au petit homme qui passait la porte, pensant qu’il sortait en griller une et certain bien entendu qu’il reviendrait. Mais le temps passa et il ne revenait pas. Les tables du
restaurant se vidèrent une à une, le soleil descendit peu à peu dans le ciel puis disparu derrière la dune et ce fut la fin du dernier jour du petit homme. On trouva ses affaires pendues au
vestiaire et son cahier posé près de son assiette froide et ce fut tout ce qu’on trouva de lui.
Cette histoire est (très) librement inspirée d'une histoire vraie. La véritable
histoire s'est passée cet été: un homme qui faisait le tour du monde des restaurants 3 étoiles et emportait à chaque fois avec lui un grand cahier où il faisait signer les plus grands noms de la
gastronomie, disparut alors qu'il mangeait chez El Bulli à Barcelone. Comme dans cette histoire, il avait laissé derrière lui son cahier. Dans la réalité par contre, l'homme fut retrouvé. Mais
aucun journal ne relata ce qui lui était arrivé... Merci à H. qui me raconta cette histoire et qui me permit de trouver l'insiration pour le dyptique d' Akynou ! La photo cette semaine est de Alibaba.
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