1918 - 2012
Publié le 15 Juin 2012
Aujourd'hui, ma grand-mère s'est endormie pour sa sieste et ne s'est pas réveillée. Demain, quand j'ouvrirai les yeux, c'est la deuxième chose qui va me venir à l'esprit. La première n'a pas d'importance, elle sera ensevelie sous le poids du chagrin.
Ces dernières semaines, j'avais retravaillé un texte qui me tenait à coeur et où elle joue le premier rôle. Comme ici d'ailleurs.
En voici le début. Pour la suite, il faudra suivre le lien. Suivez le, la suite est beaucoup mieux ;-)
Je m'appelle Alice et je mourrai bientôt. Je vis avec mes frères et ma sœur dans la maison où nous avons grandi et que nous n'avons jamais quittée, à Artiges, un bourg déserté au milieu des champs et des collines. A nous tous, nous avons des siècles. Il faut vous imaginer ça: sept maigres vieillards qui se partagent la même maison. Parlons en, tiens, de la maison: la plupart des pièces est condamnée, plus possible d'entrer là dedans, il y a trop de salpêtre et de fissures. Il nous reste trois pièces, deux et demie pour être plus précise: le grand salon, celui avec la cheminée, qui donne sur le jardin à l'arrière, une cuisine toute petite où on ne tient pas à plus de trois, et la chambre. Une seule chambre pour tout le monde, ça économise le chauffage la nuit. Et quand l'un de nous s'en ira, puis un autre et un autre encore, il en restera toujours un pour s'en rendre compte. Enfin, sauf pour le dernier. Pour l'instant, tout le monde est encore là: Octave et ses lunettes épaisses, Irma et ses jambes rouillées, Pierre et Etienne les jumeaux, Blaise l'acariâtre, et Armand le sage, le seul à prendre la vie avec philosophie. Et puis moi bien sûr. La plus jeune de tous. Les autres sont si vieux qu'ils tombent en lambeaux. Jour après jour, je les rafistole avec les moyens du bord, je colmate comme je peux les effets du temps. Est-ce que je peux vraiment gagner à ce jeu là? Mais chut! Pas de pensées obscures. Mieux vaut vous raconter deux ou trois choses de notre vie. Je pourrais dire: « vous allez voir, ce n'est pas triste » parce que c'est ce qu'on dit dans ces cas là.
(le titre ne me plait pas, le début pas complètement non plus, mais je tenais à le mettre justement aujourd'hui, en espérant qu'il lui parvienne, d'une façon ou d'une autre)
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