Au pays d'Arnaldur
Publié le 19 Février 2008
"Il remarqua qu'il s'agissait d'un os humain dès qu'il l'enleva des mains de l'enfant qui le mâchouillait, assis par terre."
Ainsi commence La femme en vert, roman noir islandais d'Arnaldur Indridason (Ed. Metailié); et quand on est un indridasonien débutant qui ne connait rien à l'Islande, on
s'attend un peu à tout après ces tout premiers mots: une histoire sordide de nécrophagie avec geyser en arrière-plan, une fresque sociale où la pauvreté flirte avec un obscurantisme viking;
on imagine une série de meurtres barbares commis à l'aube d'un jour sans fin ou d'un jour sans lumière et des cadavres qui émergent des glaces.
Hé bien les romans d'Arnaldur Indridason n'ont rien à voir avec ça. Un roman d'Arnaldur Indridason, c'est subtil et c'est beau, ça vous happe et ça vous dit "reviens!" lorsque
vous avez terminé le roman.
Pour faire du Arnaldur Indridason, piochez quelques ingrédients dans l'univers du polar: violence, solitude, drogue, pornographie, désir de destruction, frustrations et perversités diverses.
Mélangez le tout avec tact et retenue et mettez au congélateur. Et vous obtenez... rien du tout! Car Arnaldur a un secret de fabrication et lui seul sait vous émouvoir avec ce qu'il n'écrit
pas.
Côté super héros, vous connaissiez Harry Bosch et son 4X4 noir Mercédes ou le duo Kenzie-Gennaro, jeunes, beaux et dynamiques, hé bien voici Erlendur, commissaire à Reykjavik, propiétaire d'un
vieux taco et à la limite de la dépression. Autant vous le dire tout de suite, vous risquez peu de vous identifier à lui. Au premier abord au moins... Enfant, Erlendur dû traverser une violente
tempête de neige avec son petit frère, si violente qu'il lui lâcha la main. Lui seul fut retrouvé. Depuis, Erlendur traîne sa vie au bout d'une lourde chaîne. Divorcé, il porte sa fille
toxico à bout de bras et a perdu tout contact avec son fils. S'il se présente comme un raté, ce n'est pourtant pas l'impression qu'il vous transmet. Car il a pour lui une qualité immense, celle
de toujours aborder ses enquêtes avec un coeur d'homme en traitant les victimes avec compassion.
Et puis il y a l'Islande: les paysages, les noms, les petits détails qui surgissent au fil des lignes. Et vous ne pourrez pas ne pas être emporté.
Attention! la lecture des romans d'Arnaldur Indidrason a de nombreux effets secondaires:
1- vous passerez des heures sur Google Earth à "visiter" les moindres recoins de l'Islande. Et une fois que vous aurez vu ça,
ça et ça, vous fixerez une date de décollage pour
Reykjavik.
2- vous réécouterez vos CDs de Björk mais vous serez frustrés car vous n'y trouverez pas l'authenticité que vous recherchez (ça n'enlève absolument rien à Björk d'ailleurs que vous continuerez
d'écouter pour plein d'autres raisons...). Alors, vous découvrirez (ou re découvrirez si vous avez été plus malin que moi) Sigur Ros. Et là, ô miracle! vous serez pile dans
l'ambiance. Attention cependant: pour ce qui est de la langue, vous vous ferez peut-être avoir car Sigur Ros invente parfois une langue à base d'Islandais. Donc: on dirait de l'islandais mais ce
n'est pas de l'islandais (c'est le fameux "coup du Canada Dry"). Mais l'illusion est réussie et le tout est magnifique.
Cette vidéo vous présente Heima, leure dernière production en date: "Heima (qui signifie en islandais "à la maison", "patrie") est annoncé comme un film à la façon documentaire. On suit le groupe dans ses errances à travers l'île et ses recoins : villages isolés, parcs nationaux, no man's land, Reykjavik... Le dvd contient des interviews avec les membres du groupe, des titres live dont deux nouvelles compositions" Source: Fluctuat.net
Pour ceux qui en voudraient encore, vous pouvez aussi aller sur le myspace du groupe Là!
3- vous lirez les
autres auteurs islandais que vous trouverez : Le moindre des mondes de Sjon (parolier de Björk), ou bien Le temps de la sorcière de Arni
Thorarinsson.4- vous vous surprendrez à souhaiter une longue longue vie à un homme peu connu mais sans qui vous n'en seriez malheureusement pas là: Eric Boury, le traducteur...



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