Vassia - le roi (18)

Publié le 25 Août 2010

Quand les jours ont commencé à raccourcir, les travaux étaient presque terminés et la maison avait fière allure. Les deux côtés étaient bien séparés et ils avaient fait l'entrée sur le côté, comme Vassia la voulait, avec une belle porte en bois plein. Mais Sam sentait Vassia se détourner de ses projets, il le trouvait distrait et tendu, toujours sombre. Souvent, quand il arrivait le matin, Vassia dormait encore et Sam allait lui préparer un café pendant qu'il se levait et se préparait pour travailler. Il avait même fini par lui proposer de différer la fin des travaux, puisqu'après tout il ne restait vraiment que les finitions et quelques jours de repos lui feraient sans doute du bien. Mais Vassia avait insisté pour qu'ils suivent leurs plans en disant que de toutes façons, rien n'était pire pour lui que le repos et ils avaient passé leurs derniers jours de congés à faire ce qu'il restait à faire: peindre les plafonds, installer les portes, mettre en place la cabine de douche dans la partie des locataires, et nettoyer tout le chantier. Quand Vassia a repris le travail à la fin du mois d'août, la maison était prête à être louée.

 

Le soir même de la reprise, Vassia ne s'est pas arrêté pas chez lui au retour. Il a continué sa route, pris la direction de la ville, puis le boulevard qui contournait les faubourgs par le nord et a stoppé son corbillard devant l'entreprise de pompes funèbres qui s'était occupée de l'enterrement de sa mère. Je savais que c'était une bêtise et je le lui aurais dit s'il avait pu m'entendre. Je l'ai regardé sortir de la voiture mais je l'ai pas suivi, j'ai préféré l'attendre dans le corbillard et tout voir de loin. Lorsqu'il est entré, il s'est adressé au jeune homme qui s'avançait vers lui; sa voix était hésitante et il se tordait les mains:

« Bonjour... je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, j'étais venu il y a quelques mois pour ma mère. 

 

- oui, bien entendu monsieur; la dame avec les deux noms sur la tombe, je me souviens très bien. Il y a un problème avec le monument funéraire?

 

- Non, non, ça va très bien. En fait, je viens vous voir parce que... comment dire?- Vassia s'est passé un main sur la nuque en la massant légèrement - Je voudrais voir ma mère.

 

- Pardon?

 

- Je voudrais voir ma mère. Comme c'est vous qui l'avez enterrée, je me suis dit que vous pourriez m'aider à la voir. Ce qu'on peut faire, on peut le défaire en général, non?

 

Vassia était toujours debout au milieu du hall d'entrée; l'employé a pris quelques secondes à lui répondre:

 

- Monsieur, si vous voulez bien, nous allons discuter de cela au calme tous les deux, suivez moi.

 

Il a posé sa main sur l'épaule de Vassia, qui pourtant était beaucoup plus grand que lui. Vassia s'est laissé guider jusqu'à une petite pièce à l'écart, où les employés de l'entreprise avaient l'habitude de recevoir les familles. Lorsqu'il s'est assis, l'homme a pris place sur une chaise en face de lui et lui a parlé calmement:

 

- Monsieur, je comprends votre douleur et le manque dont vous souffrez depuis le départ de votre mère. Cependant, dans ce cas précis, il n'est pas possible de faire ce que vous demandez. Ce serait une profanation.

 

Vassia l'a regardé sans rien dire. L'employé a poursuivi:

 

- Bien entendu, si vous aviez le moindre doute sur les circonstances de la disparition de votre mère et que vous demandiez l'ouverture d'une enquête, alors dans ce cas, un permis d'exhumer pourrait être délivré mais c'est le seul cas de figure où l'on se permet de sortir un défunt de sa tombe. Et puis, entre nous monsieur, je n'appellerais pas ça « revoir votre mère »; vous avez bien conscience du temps qui s'est écoulé... ce serait assez traumatisant croyez-moi. Vous devriez sans doute rentrer chez vous et vous reposer; ça ne me regarde pas bien entendu, mais vous m'avez l'air à cran.

 

Lorsque Vassia a repris la route, il a fait un détour par chez Sam. En montant les marches du perron, il entendait à l'intérieur de la maison les voix des gamins qui se parlaient, et quand il a sonné, les pas lourds de Sam ont retenti dans les escaliers.

 

Ils se sont installés dans le salon et Sam est allé chercher une bière dans la cuisine. Quand il est revenu, le petit dernier faisait des pas chassés dans le couloir, les trois autres criaient à l'étage et Vassia était toujours dans la même position dans le salon: assis au bord du fauteuil, il semblait prêt à s'enfuir mais il restait là et pleurait en silence.

 

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Vassia - le roi

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L
<br /> <br /> Entends-tu la Mère Castor qui piaffe et raye de ses dents son petit écran en criant : encore, encore !<br /> <br /> <br /> <br />
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