ou encore: Les aventures du Grand Oracle au chevet du Monde, épisode 18,
qui est aussi le 1er épisode de la trilogie sur l'enfance du Grand Oracle (une trilogie qui aura un titre quand je serai
moins fatiguée et que je ne déménagerai plus dans 3 jours)
Il était une fois, dans un coin de campagne retiré du monde, un petit garçon qui poussait à l'ombre de sa mère et
des feuilles des chênes. Il était frêle et maigre comme les roseaux et si grand pour son âge qu'il se cognait souvent aux premières branches des arbres.
Il vivait dans une grande batisse tout près de la forêt, mangée par le lierre et peuplée d'araignées. Du temps où son père arpentait encore les allées du jardin, ç'avait été un château de pierres
blanches dans un parc ombragé. Mais son père s'en était allé, et il ne restait plus dans la tête du petit garçon que le souvenir d'une voix grave et d'une montre à gousset.
C'était un curieux garçon qui parlait le hibou et comprenait la pie. Il goûtait à toutes les baies trouvées dans
les buissons, tous les bouts de racines déterrées avec ses doigts. Il courrait sur les chemins, combattant à lui seul des nuées d'ennemis; il s'abritait dans les bois des monstres et des esprits
et rapportait chez lui des bouquets de ronces, des couronnes d'orties. Il arpentait les champs comme d'autres des avenues, il était le seigneur des flaques d'eau et l'empereur des sangsues. Et
avant même que n'arrive le soir, fourbu de tant de batailles et de tant d'aventures, il allait faire une sieste dans le poulailler au fond du jardin, sur un lit douillet de plumes et de crottes
séchées.
Mais un jour, il combattit si longtemps l'ennemi du tranchant de son épée, il le repoussa si loin des frontières de son territoire, qu'il se retrouva dans un coin qu'il ne reconnaissait pas;
regardant partout autour de lui, scrutant les arbres et les champs, il dut admettre qu'il était perdu. "Qu'à cela ne tienne, se dit-il, partons à la découverte de ce nouvel
endroit!" Et hop! Le voilà parti en trottant le long des bois. Il ne fut pas déçu: le coin était joli. Bien plus même: c'était un paradis. Il passa donc un long moment à en faire le
tour, le nez souvent en l'air, le soleil dans l'oeil. Et tout d'un coup: platch! Le voici le pied coincé dans un trou. Un filet d'eau glacé autour de la cheville, la vase comme un manteau de
fourrure et de soie, schouinch. Il eu beau tirer sur sa jambe, tenter de prendre appui sur une pierre pour tirer encore et encore, rien à faire: son pied restait prisonnier de la boue. Alors il
prit une profonde inspiration, ferma les yeux et d'un coup, tira du plus fort qu'il put. Son pied se dégagea et sa chaussette aussi, mais sa chaussure resta coincée dans la vase. Il
réfléchit: rentrer à la maison chaussé d'un seul côté, ce n'était pas recommandé. S'il racontait qu'un monstre la lui avait mangée, est-ce que sa mère le croirait? Rien à faire: la seule solution
était de dégager le soulier de la boue où il était prisonnier. Il se coucha au bord du trou, saisi le haut de sa chaussure et tira des deux mains. Il lui fallut un bon moment pour la sortir et
quand enfin il la dégagea, elle était plus crottée que le croupion d'un canard. Mais le temps de la nettoyer dans l'herbe, le soleil était tombé si bas qu'il effleurait à peine au dessus de la
forêt.
Le petit garçon évalua la situation: il était perdu et il allait faire nuit. Encore quelques minutes, une heure tout au plus, et les arbres dessineraient dans le noir des ombres mouvantes. Encore
peu de temps et le soir se pleuplerait de bruits, de chuchotements. Alors, pour la première fois, il eut peur. Il eut beau se répéter que les rois n'ont pas peur, que les princes ne craignent
rien, il tremblait de tout son corps et de toutes ses dents. Il marcha d'abord lentement, puis un peu plus vite, et finalement, il se mit à courrir. Il courrait droit devant lui, essayant de
deviner les pierres et d'éviter les ornières; mais la nuit était si sombre que vlam! le voilà par terre, étalé de tout son long, couché sur le chemin...
Il resta ainsi quelques minutes, retenant son souffle, la joue collée au sol. Son coeur battait si fort qu'il l'entendait sourdre dans sa tête. Puis, son coeur cogna moins fort, son souffle
ralentit et il retrouva son calme. Là, alors qu'il s'apprêtait à se relever pour continuer son chemin, il l'entendit: c'était un son lointain qui venait du chemin, comme une voix étouffée sous
des mètres de sable. Et la voix disait des choses, elle lui parlait, à lui, le petit garçon perdu au fond de la nuit. Alors il écouta la voix de la Terre lui montrer son chemin. Il ne fut
pas surpris que la Terre lui parlât, pas plus qu'il ne s'étonna de comprendre sa voix .
Et ce ne fut là que la toute première fois, le premier message que la Terre lui dicta.
Pour cette fois, le fil à suivre était le suivant:
Le poulailler au fond du jardin
Une montre à gousset
'Un filet d'eau glacée autour de la cheville, la vase comme un manteau de fourrure et de soie, schpouinch.'