Le grand chantier 1: la racine

Publié le 31 Janvier 2012

« Radio cagnard, il est 7h30, l'heure du rappel des principaux titres: le gouvernement fait appel à notre générosité; alors que la température a atteint cette nuit les 15 degrés en dessous de zéro dans la capitale, le Ministre des affaires sociales et de l'aide aux démunis demande à ce que soient dégagés tous les coins pouvant servir d'abri aux vagabonds. On déplore 5 décès cette dernière semaine: Medhi, Gérard, Bastien, Florence et Melissa, tous les 5 Sans Domicile Fixe auxquels le Président rendra un hommage national cet après-midi. Il est rappelé que tous les gymnases, salles de cinéma et marchés couverts sont depuis le début de l'hiver mis à la disposition des personnes en détresse... Journée mondiale de lutte contre la calenture: le Syndicat Mondial Autonome des Marins Pêcheurs dénonce une recrudescence de ce mal qu'il souhaitent faire reconnaître co... »

 

« La calenture? C'est quoi ces conneries? » Incrédule, Ariane appuya sur le bouton off de la radio. L'inscription Good Bye s'inscrivit quelques secondes puis s'éteignit. Elle mit son clignotant et s'engagea dans une petite rue sur la droite dans laquelle elle trouva une place juste assez grande pour sa voiture. « Nickel » se dit-elle, « c'est rare que j'aie une chance pareille. » Le froid la saisit quand elle ouvrit la portière; dans l'habitacle surchauffé, elle en avait oublié la température extérieure. L'ordinateur de bord avait beau lui indiquer – 12° elle n'avait pas été confrontée au froid depuis qu'elle s'était levée. Elle disposait pour sa voiture d'une place de parking sous l'immeuble où elle habitait et elle ne sentait l'air du dehors qu'une fois garée, pendant les quelques pas qui séparait sa voiture de l'entrée de son travail. Une chance par une journée comme celle-ci, mais qu'elle regrettait dès que le printemps arrivait.

 

Elle poussa la porte de l'immeuble où elle travaillait, inquiète de devoir affronter les filles du bureau d'à côté, trois nanas coquettes et frivoles, qui occupaient plus de temps aux bavardages qu'à faire avancer la boîte. Ariane soupira, prit un air renfrogné et traversa le couloir sans un regard pour personne. Elle jeta son sac par terre au pied du porte-manteau, appuya sur l'interrupteur de son ordinateur et fit le tour du bureau pour s'installer dans son fauteuil. C'est alors qu'elle remarqua un petit colis posé sur sa table de travail, un colis de La Poste, jaune et prêt à l'emploi, sur lequel on avait tracé son nom et l'adresse de son travail d'une écriture d'enfant. A l'intérieur était posé au milieu d'un amas de papier journal un petit objet de bois, rond et long, de la taille d'un porte cigare. D'instinct elle le porta à sa bouche et son souffle fit émettre à l'objet un joli son aigu. Elle le prit dans sa main et sortit de son bureau pour aller trouver la secrétaire de direction, une femme replète qui souvent la hélait de loin pour venir prendre un café et discuter de tout, de rien. « Dis, Cath, tu sais ce que c'est ce truc? » Catherine prit l'objet, le mit dans sa bouche et souffla dedans. Puis elle le rendit à Ariane et reprit son travail sur son ordinateur. Sans relever la tête, elle ajouta: « ça, ma belle, c'est pour imiter le chant d'un oiseau, c'est un appeau. Et celui-ci, il imite l'alouette. » Ariane pâlit. « Tu es sûre de ça? », demanda-t-elle . « Un peu que je suis sûre. » Catherine leva les yeux vers Ariane, les lunettes posées au bout du nez, un sourire moqueur sur les lèvres: « tu te lances dans l'ornithologie? » Ariane laissa la question en suspens et regagna son bureau. Elle déplia les feuilles de journal roulées en boule dans le colis et les regarda attentivement. Aucun doute, le ciel s'assombrissait: on l'avait retrouvée.

 

l'alouette: à entendre ici.

 

Voici plantée la racine du grand chantier. Un nouveau défi de Mère Castor pour chaque mois se remuer les méninges. Soulignés: les mots extraits de la liste des contraines non imposées.

 


Rédigé par Marie Alster

Publié dans #Le grand chantier

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A
<br /> Ah bon sang, c'est déjà fini pour aujourd'hui ...Je ronge mon frein! Vivement la fin du mois !! La suiiiiiiiite !<br />
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D
<br /> ça commence fort. tu as un don pour distiller une ambiance inquiétante et mystérieuse dès les 1ères lignes. et il va falloir attendre tout un mois ? c'est un supplice ! <br />
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S
<br /> mince c'est qu'on rentre vite dedans... on l'a retrouvé... ahahah et après, rhoooo l'appeau... ça c'est pour Steve... merveilleux <br />
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C
<br /> Belle entrée en matière, reste à apprendre la patience pour découvrir la suite ou alors se l'imaginer<br /> <br /> <br /> Ariane, Ariane, elle ne se serait pas commise par hasard dans une certaine histoire de labyrinthe (voir une des à faire 2011) ?<br />
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M
<br /> comme tu sais bien planter un décor ; direct je plonge dedans - 'radio cagnard', quelle trouvaille . Et cet appeau qui nous appâte ... sorcière ! <br />
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